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Le toit de l’US Open est une prouesse technique

Alors que l’US Open 2015 s’achève, un chapitre neuf commence avec le toit du court Arthur Ashe qui sera opérationnel en 2016. Prouesse technique, l’oeuvre architecturale a pourtant failli ne jamais voir le jour.

Article édité par Assia Hamdi

(Crédits : DYsanovic)

(Crédits : DYsanovic)

C’est désormais officiel, l’US Open bénéficiera bientôt de deux toits rétractables. D’ici 2016, le court central, l’Arthur Ashe, sera couvert et le court numéro 2, nommé Louis Armstrong, l’imitera dès 2018. Comme Wimbledon qui ne déploie pas son toit rétractable à la moindre averse de 10 minutes, l’US Open entend rester un tournoi en extérieur. Pourtant, l’événement américain profitera à plein de sa future double couverture. Entre 2008 et 2012, cinq finales hommes avaient été reportées au lundi à cause d’une météo capricieuse. Avec, comme conséquences néfastes, des joueurs en perte de rythme, une qualité de jeu qui en pâtit, des audiences et des rentrées publicitaires moindres…et des tickets à rembourser. Pour atteindre cette souplesse d’utilisation, l’US Open a du dépasser beaucoup de contraintes techniques et financières qui ont émaillé la génèse du projet.

Tout commence en 2003, à l’occasion d’une édition particulièrement perturbée par la pluie et le vent. Après un match reporté à plusieurs reprises entre Andre Agassi et son compatriote Taylor Dent, les officiels du tournoi comprennent qu’ils gagneraient à doter le court Ashe d’un toit rétractable. Cela dit, ils se rendent rapidement compte qu’il y a un hic.

Un défi technique

Le central new-yorkais est trop fragile pour supporter un toit assez grand pour couvrir ses 22 547 places. Le sol environnant est réputé pour son instabilité. Par conséquent, la construction sur piliers semble impossible. Pendant 8 ans, le directeur du complexe sportif Daniel Zausner et ses équipes techniques épluchent les projets qu’ils reçoivent, mais sans parvenir à leurs fins. Ils sont alors loin de se douter qu’un candidat recalé en 2009, le cabinet Rossetti, l’architecte initial du court Arthur Ashe, planche toujours de son côté…

Finalement, en août 2013, Rossetti dévoile son plan, au terme d’un intense travail de modélisation informatique de 24 mois, répartis sur quatre années. La stratégie est claire : d’après le cabinet, la superstructure en téflon de 6500 tonnes devra entourer l’arène sans la toucher et sera fixée dans le sol grâce à huit colonnes en acier. Pour s’adapter à la nature spongieuse du sol, ces colonnes seront rivées dans des blocs en béton soutenus à leur tour par 24 piliers enfoncés à une profondeur allant de 45 à 65 mètres. A l’heure actuelle, la structure est achevée et trône tel un squelette de métal au dessus du court Arthur Ashe. D’ici l’édition 2016, les panneaux du toit seront mis en place. Grâce à eux, le splendide court Arthur Ashe sera à l’abri des intempéries et des tempêtes. Au point d’influer sur le jeu et de “trahir” l’esprit d’un tournoi en extérieur ?

Le toit doit être utilisé avec modération

La question peut surprendre mais fermer un stade n’est pas anodin. En 2012, lors de la finale de Wimbledon entre Roger Federer et Andy Murray, la fermeture du toit du central en cours de match avait nettement modifié les conditions de jeu. Durant la première partie de la rencontre, le climat venteux favorisait la stratégie attentiste de l’Ecossais. Andy Murray est en effet connu pour sa capacité à s’adapter aux conditions météo difficiles (6-4). Certes, Roger Federer parvenait à arracher le second set (5-7) contre le cours du jeu, mais Murray semblait plus solide et plus constant. Une averse de 30 minutes plus tard, la direction du tournoi décida de renvoyer les joueurs vers les vestiaires, le temps de fermer le toit. Au retour sur l’herbe, le Suisse put retrouver ses conditions préférées, celles qui conviennent le mieux à son tennis d’attaque. Une surface sèche, pas de vent, pas d’humidité. Très vite, ce fut le déclin de Murray (3-6 puis 4-6). L’Ecossais était dépassé par la vitesse d’exécution retrouvée de Federer, qui s’envola au score… Depuis, la direction londonienne est revenue à une utilisation plus parcimonieuse du toit rétractable. Par exemple, lors de l’édition 2015, certains matchs ont été interrompus une dizaine de minutes sans avoir recours au parapluie géant.

Du côté de New York, la direction du tournoi a d’ores et déjà affirmé que l’US Open devait “rester un tournoi en extérieur”. C‘est un point positif pour les puristes, mais on sait aussi que la suppression du Super Saturday (les demi-finales hommes et femmes le même samedi) a constitué un immense coup dur pour les chaînes de télévision et les annonceurs. Il ne serait donc pas surprenant que le toit du court Arthur Ashe et du court Louis Armstrong soient parfois fermés à titre préventif… A Paris, du côté de la Porte d’Auteuil, la question ne se pose pas encore : si les travaux de couverture du central, le court Philippe Chatrier, commencent comme prévu à l’automne, le toit ne sera pas achevé avant… 2019. Soit 31 ans après la construction à Melbourne de la Rod Laver Arena, couverte dès sa création d’un toit amovible.