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Federer (nous) manque à l’US Open

Absent à l’US Open, Roger Federer laisse un vide auquel certains passionnés de tennis n’ont pas été habitués, à commencer par l’un de nos journalistes. Pierre raconte ses souvenirs du Suisse et son espoir d’un dernier exploit avant la retraite.

Roger Federer en juin 2014 (Crédits : Marianne Bevis)

Roger Federer en juin 2014 (Crédits : Marianne Bevis)

Cher Roger,

J’ai aperçu sur Twitter les jolies photos de tes excursions dans les montagnes suisses. Visiblement, ta blessure au genou -celle qui t’a embêté à Wimbledon et privé de cette fin de saison- est derrière toi. Tu reviendras sur le circuit début 2017, lors de la Hopman Cup.

Te voir souriant et “fit”, comme tu aimes le dire dans la langue de Shakespeare, me remonte le moral en cette chaude fin d’été. Soyons honnêtes mon vieil ami… Quand je t’ai vu t’écrouler sur l’herbe à Wimbledon, le genou en capilotade, je ne pensais pas te revoir sur un court en tennis, Roger Federer. Et même si ton orgueil est immense, reconnais que cette pensée a traversé ton esprit l’espace d’un instant… Perdre sur ton central préféré, là où tu avais terrassé en 2001 l’immense Pete Sampras, avait comme une saveur de fin de règne. La force symbolique du Dieu du stade mourant où il est né.

Arrêter ta saison, c’était le meilleur choix

Dos qui grince, genou en vrac, sauter Roland-Garros pour mieux rebondir à Wimbledon était diablement tentant. Tu te savais diminué à Wimbledon et d’une certaine manière, tu as tenté le diable en jouant à Londres, là où tu as désormais le plus de chances de gagner un dernier Grand Chelem. Pari tenté, pari perdu. Dans la foulée, tu as confirmé la fin de ta saison. La frustration de rater ces Jeux a dû être immense mais, après tout, c’était le meilleur choix. Peut-être fallait-il te ressourcer pendant quelques mois en 2016 pour revenir en 2017, le couteau entre les dents…

Vidéos d’entraînement postées sur Twitter, tweets rassurants… cher Roger Federer, tu sembles reposé et serein. Evidemment, on connaît ton enthousiasme de gamin pour le tennis, ce jeu fabuleux. Mais derrière ta faconde habituelle, on devine l’immense satisfaction du champion qui reconstruit son physique, qui retrouve petit à petit l’intégralité de ses immenses moyens. Alors, on se prend à rêver que tu seras là, dans un an, à Flushing Meadows, en train de mettre une fessée à ces affreux crocodiles que sont Djokovic et Murray.

Le joueur le plus excitant

Cela fait huit ans, déjà, que tu n’as pas gagné l’US Open. Même si tu déclines sur le plan de l’endurance, je veux croire à un dernier exploit, à un sursaut de ta part car tu es le joueur le plus talentueux du circuit. On connaît ta capacité à “voler” sur un court quand tu es dans ta meilleure condition physique…Escrimeur au coup droit puissant, danseur au slice virtuose, volleyeur aux courbes subtiles : ton jeu tisse un lien éternel entre les René Lacoste, les Ken Rosewall, les Rod Laver, les McEnroe, les Pete Sampras… Bref, à l’heure du tennis pourcentage et des marathoniens de fond de court, tu es encore, du haut de tes 35 ans, le joueur le plus excitant.

Alors, en attendant ton retour, je revois sur Youtube tes plus beaux matchs à New York. Comme on tourne les pages d’un livre dont les pages commencent à jaunir…

Le carnage de la finale 2004 de l’US Open

Adversaire : Lleyton Hewitt

Victoire en 3 sets : 6-0, 7-6, 6-0
Le début du règne. Intouchable, Federer inflige deux roues de vélo -ou deux bagels, c’est selon- à Lleyton Hewitt, qui n’est pourtant pas du genre à lâcher mentalement. Insatiable bagarreur, l’Australien est ce soir-là totalement dépassé par la vitesse et la virtuosité des coups du numéro 1 mondial.  


Le crève-coeur

Adversaire : Novak Djokovic

Défaite en 5 manches : 6-7 (7/9), 4-6, 6-3, 6-2, 7-5

C’est la revanche de la fameuse demi-finale de Roland Garros entre le numéro mondial du moment, Novak Djokovic et un Roger Federer remonté comme un coucou. Ce soir-là, le Serbe, plus clinique que jamais, sauve balles de matchs contre le Suisse et s’impose, au bout de l’effort, 7-5 au 5e set. Frustrant pour les fans du Maître mais les deux hommes ont livré un immense combat. Une baston mentale au scénario étrangement similaire à leur demi-finale de 2010.

 

Le tweener magique

Adversaire : Novak Djokovic

Victoire en trois manches :  7-6 (7-3), 7-5, 7-5

Tout au long de sa carrière, Roger Federer a souvent régalé avec des coups splendides, voire franchement imprévisibles. En demi-finale (encore !) de l’US Open 2009, le Suisse terrasse en trois sets un Djokovic qui n’avait pas encore troqué son habit de cogneur de fond de court pour celui d’un marathonien des courts… Reste le souvenir de ce passing tweener -un coup joué entre les jambes- hallucinant de complexité, de fluidité et de précision. D’autant qu’il donne trois balles de matchs à Federer -converties-, qui s’inclinera ensuite en finale contre Juan Martin Del Potro, intouchable en cette fin 2009.

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L’US Open 2015, là où Federer marqua son territoire contre Wawrinka

Victoire en trois manches : 6-4 6-3 6-1

Dans la forme de sa vie en cette saison 2015 -qui l’a vu gagner Roland Garros-, Wawrinka semble avoir sa chance contre Roger Federer à l’US Open. Mais le Maître survole la rencontre. 6-4, 6-3, 6-1 en 1h32 : impitoyable, Federer multiplie les coups de génie et garde un maximum d’énergie en vue de la finale contre Djokovic. Hélas, cela ne suffira pas et il s’inclinera au physique, en 4 sets, contre un Djokovic diabolique de constance..

L’US Open 2014, la victoire au forceps contre Monfils

Victoire en cinq manches : 4-6, 3-6, 6-4, 7-5, 6-2
Brillant, Roger Federer a souvent manque de dureté mentale lors de ses plus grands combats contre Rafael Nadal et Novak Djokovic. Combien de balles de break “croquées” sur des erreurs grossières ? Comme pour nous faire mentir, Federer a su serrer les dents lors de cet US Open 2014, contre un Gaël Monfils étincelant pendant trois sets… Sauvant deux balles de matchs lors de la quatrième manche, le Suisse survole ensuite le 5e set. Mais il s’écroulera ensuite en demi-finale, à court d’essence, contre le Croate Marin Cilic, impeccable vainqueur du tournoi contre Kei Nishikori.