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Après son premier test, l’IPTL vise l’avenir

Tournoi-exhibition d’un nouveau genre, l’IPTL ferme ses portes après quinze jours de célébration du tennis. Avec son tennis spectacle, son ambiance de centre aéré et ses sommes mirobolantes, l’évènement compte bien poser ses valises dans le monde de la balle jaune.

Conférence de lancement de l'IPTL, le 27 novembre, à Manille (Twitter @IPTL)

Conférence de lancement de l’IPTL à Manille (@IPTL)

Le 28 novembre 2014 est née une espèce bien étrange. Le monde du tennis a accouché d’un ovni appelé l’International Premier Tennis League, ou IPTL. Présenté au départ comme un évènement visant à promouvoir la balle jaune en Asie, ce tournoi-exhibition est en train de donner une décharge à la façon d’aborder les compétitions de tennis. Inspiré du modèle de l’Indian Premier League de cricket pour le format et de la NBA pour son atmosphère festive, l’IPTL est le bébé du tennisman Mahesh Bhupathi, spécialiste du double, qui a remporté neuf tournois du Grand Chelem dans sa carrière.

Jusqu’au 13 décembre, les meilleurs joueurs mondiaux (Novak Djokovic, Roger Federer, Serena Williams…) ainsi que des stars du tennis asiatique comme Sania Mirza et des légendes (Pete Sampras, Goran Ivanisevic, Mark Philippoussis…) se sont réunies en Asie pour ce tournoi-exhibition par équipes d’un nouveau genre.

Copyright Mukundkedia

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29 joueurs au total répartis en quatre franchises représentant les quatre villes qui accueillent les joueurs : les Manila Mavericks (à Manille du 28-30 novembre), les DBS Singapore Slammers (à Singapour 2 au 4 décembre), les Micromax Indian Aces (à New Delhi du 6 au 8 décembre) et les Musafir.com UAE Royals (à Dubai du 11 au 13 décembre). L’arrivée de l’IPTL dans le monde du tennis a déclenché diverses critiques. La première, contre le format de matches et les règles assez folles. D’autres en veulent aux joueurs de s’être engagés dans une compétition alors qu’ils se sont souvent plaint de la longueur des saisons. Les derniers ont fusillé les sommes colossales engrangées par ces stars.

Des règles cocasses

Pourtant, le succès médiatique et populaire de l’IPTL pourraient faire cogiter les instances sur la manière de faire évoluer le tennis. L’exhibition se déroulant en dehors du circuit traditionnel et n’étant donc pas bloquée par le règlement, les organisateurs se sont permis les drôles de fantaisies. Les règles du tennis ont été écrasées au mixeur par les organisateurs, de quoi donner la nausée aux puristes de Wimbledon. L’objectif du changement de règles est clair : faire des matches à durée restreinte, pour faciliter la diffusion télé. Parmi ces quelques bizarreries, la règle du « no-ad », pas d’avantage, et du « no-let » au service, discutées depuis quelques temps. D’autres encore plus étranges, comme la possibilité d’effectuer un remplacement une fois par match (!) ou le « happiness power point » qui donne une valeur double au prochain point. A 30-40, le serveur peut remporter sa mise en jeu. Enfin, le « shot clock » exige de jouer son point en 20 secondes, au risque de se prendre une pénalité, étrangeté qui n’est pas le goût de tout le monde. « C’est une règle nécessaire pour ce format mais c’est aussi très stressant pour les joueurs », admet le numéro 2 mondial Roger Federer.

Indira Gandhi Stadium - CC mukundkedia

Une fois les 20 secondes écoulées, une espèce de sonnerie qui rappelle celle d’un réveil retentit dans le stade déjà bondé. « On a l’habitude de joueur dans des conditions silencieuses depuis qu’on est enfant. Du coup, n’importe quel bruit nous dérange », complète l’ancien joueur espagnol Carlos Moya. « Peut-être qu’on pourrait avoir plus de temps entre les points », propose Marin Cilic, vainqueur de l’US Open 2014. Ca nous permettrait de pouvoir interagir avec les supporters. » Même s’il est motivé par des raisons médiatiques, ce chamboulement s’inscrit dans le débat actuel sur la durée des matches.

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Une méga colonie de vacances

Pendant les deux semaines de l’IPTL, les joueurs ont mitraillé la toile de selfies, vidéos Vine et autres clichés Instagram. A New Delhi, on les a vus se soutenir entre coéquipiers, se prendre en photos et exécuter des danses de la victoire au rythme de la sono de l’Indira Ghandhi Arena. C’est un peu les jolies colonies de vacances.

L’amateur de tennis découvre les joueurs se lâcher et montrer des facettes plus secrètes. « Serena (Williams) est venue me voir et m’a dit ‘En ce moment, je suis déprimée car je vais devoir quitter cette équipe et retourner chez moi' », a expliqué Mahesh Bhupathi. Membre de l’équipe des Singapore Slammers, la numéro un mondiale a montré à plusieurs reprises qu’elle savait jouer collectif. « L’esprit d’équipe qu’on ressent ici n’est pas quelque chose qu’on a l’occasion d’expérimenter sur le circuit », confie le numéro un mondial Novak Djokovic, casté chez les United Arab Emirates Royals.

Les spectateurs ont assisté à des démonstrations qu’on ne verrait pas en Grand Chelem, là où la concentration et le stress rendent sérieux les plus déconneurs. Showman du circuit masculin, Gael Monfils, ne s’est pas privé de montrer ses talents dans un « shoulder-bump » avec Roger Federer ou son cours de piano improvisé avec Caroline Wozniacki. Tout sourire en Asie, son compatriote Jo-Wilfried Tsonga a eu les oreilles qui sifflent. Passant son tour en finale de Coupe Davis en raison d’une blessure à l’épaule, le Manceau s’est vu reprocher sa participation à l’IPTL. « J’avais un engagement de longue date », justifie t-il, en minimisant l’investissement physique requis par l’IPTL. Le docteur m’a dit que ça allait me gêner mais que je ne pouvais pas aggraver ma blessure. » Tandis que des joueurs se plaignent de la longueur des saisons mais participent à des exhibitions durant la période creuse, le chef de l’ATP Chris Kermode tente d’éteindre l’incendie. « Ce que les joueurs choisissent de faire durant l’après-saison, cela relève de leur responsabilité. »

IPTL Champions

Un cachet juteux

« Quand un tennisman se voit proposer un million de dollars pour jouer une heure et demie dans une exhibition, il a tendance à trouver que la dotation des grand tournois n’est pas à la hauteur », admet Gilbert Ysern, le directeur général de la Fédération française de tennis, dans une interview au Monde. Selon le site Business Standard, les organisateurs de l’IPTL auraient récolté 200 millions de roupies (soit 2,6 millions d’euros) grâce aux sponsors, parmi lesquels Coca-Cola. Les joueurs, eux, reçoivent aussi un joli pactole. Au total, ils se partageront la somme affriolante de 250 millions de roupies (environ 4 millions de dollars) dont 70 millions de roupies (1,1 millions de dollars) rien que pour Roger Federer. Victorieuse, son équipe des Micromax Indian Aces a empoché 1 million de dollars. Pour les retraités, voilà une bonne manière de mettre du beurre dans les épinards.

Face à la manne financière de l’IPTL, les tournois principaux sont relativement à l’abri. Les dotations du Grand Chelem oscillent entre 1,5 et 3 millions de dollars et un prize money dépassant pour la première fois les 100 millions d’euros en 2015. Au vu de l’enjeu et du prestige des Majeurs, on imagine mal un Rafael Nadal faire l’impasse sur Roland-Garros ou un Roger Federer zapper Wimbledon. Même chose pour les neuf Masters 1000, presque incontournables et bénéficiant d’une augmentation annuelle de 14% jusqu’en 2018. La tâche sera en revanche plus délicate pour les tournois ATP 500 et 250, qui attirent moins les stars du top 10 et offrent « uniquement » entre 400 000 dollars pour Chennai et 1,9 millions de dollars pour Dubai. Pour rivaliser, il va falloir casser sa tirelire.

Signe du succès, l’édition 2015 est déjà dans les manettes. Séduites, quatre villes asiatiques n’ont pas attendu la fin de la compétition pour envoyer leur lettre de motivation. Mahesh Bhupathi avertit que seules deux d’entre elles seront choisies. Pas de nom pour l’instant, mais l’ancien joueur donne un petit indice. « Nous voulons amener le tennis dans des villes qui n’ont pas encore de tournois ou d’événement de ce type. » L’annonce sera faite la semaine du 14 février, en même temps que la liste des joueurs de la saison 2. « Nous voulons continuer 25 ans, 30 ans, et nous voulons en faire une expérience que les supporters et les joueurs adorent. » Mahesh Bhupathi en est certain, la formule a de l’avenir.

Assia Hamdi