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Pour Nick Kyrgios, l’heure du rebond ou du melon ?

Après ses propos mesquins envers Stan Wawrinka,  Nick Kyrgios s’est mis à dos le monde du tennis. Sanctionné par l’ATP, le joueur australien de 20 ans a l’occasion de se racheter à l’US Open. Va t-il saisir cette opportunité ou s’enfoncer dans ses provocations ?

Article édité par Assia Hamdi

Nick Kyrgios en mai 2015 - CC ThoamsB

Nick Kyrgios en mai 2015 – CC ThoamsB

28 jours de suspension avec un sursis de six mois, 12500 dollars d’amende, sans compter 25000 dollars de pénalités supplémentaires en cas de “rechute” : l’ATP a sévi envers Nick Kyrgios, suite à ses propos insultants envers Stan Wawrinka et sa compagne supposée, la tenniswoman Donna Vekic. Petit rappel, en toute élégance, l’Australien avait provoqué le Suisse sur le court en affirmant que Donna Vekic avait eu une aventure avec un autre joueur australien, Thanasi Kokkinakis.

S’il avait donné le change en interview d’après-match, le 37e mondial a ensuite semblé « balancer” son tournoi de Cincinnati face à Richard Gasquet. Officiellement, son dos le faisait souffrir au Québec. Mais ses services assénés à 230 km/h laissent plutôt entendre que le natif de Canberra, du haut de ses 20 ans, n’avait pas encore digéré l’emballement médiatique et les diatribes des stars – Federer et Djokovic en tête – qui ont suivi son coup de sang. Comment peut-il réagir à l’US Open, alors qu’il va rencontrer dès le premier tour le n°3 mondial, Andy Murray ?

Pour Jean-Christophe Piffaut, Kyrgios pourra rebondir s’il fait profil bas. “A son époque, Jimmy Connors pouvait multiplier les insultes, parfois racistes, sur le court sans être inquiété, rappelle l’historien du tennis. Bien sûr, il prenait des amendes mais c’était insuffisant pour l’amener à se remettre en question : la meilleure réponse, c’est la capacité d’auto-régulation du circuit. En clair, Kyrgios sera ignoré par ses pairs s’il n’évolue pas.”. Ce qui a déjà commencé, d’ailleurs : d’après le New York Post, Rafael Nadal a tout simplement refusé de participer à un match exhibition à New York aux côtés du joueur australien. “Il va devoir faire attention, avertit Jean-Christophe Piffaut. Etre isolé sur le circuit, qui est un petit univers, où tout le monde se connaît, c’est dur à vivre. Vous avez du mal à trouver des sparrings, on vous boude lors des soirées, vous prenez l’avion seul… Cela peut détruire un moral et une carrière.”

S’enfermer dans une bulle ou rester showman ?

Méprisant vis-à-vis de Wawrinka à Montreal, insultant à Wimbledon envers un arbitre traité de “sac à merde” et désormais dans le viseur des médias, des autres joueurs et des instances, Kyrgios va devoir vite changer de comportement. Mais comment ? “Ce joueur a besoin d’avoir un interlocuteur qui arrive à lui fixer des limites », analyse Sophie Huguet, psychologue du sport à l’Académie Royale Mohammed VI de Football, à Rabat, au Maroc. Un travail de discussion, de relâchement et de respiration me semble nécessaire pour l’aider à canaliser ses émotions. Souvent, l’arrogance est l’apanage des jeunes joueurs qui y voient une manière de s’affirmer. Peut-être est-il prisonnier de son image ?”

Nick Kyrgios en août 2014 - CC Marianna Bevis

Nick Kyrgios en août 2014 – CC Marianne Bevis

Sur un circuit souvent lisse, où les bons mots des McEnroe ou Nastase ont été remplacés par des hommages post-match très corporate, Kyrgios peut-il prendre de la maturité tout en gardant son excentricité parfois rafraîchissante, sa “grande gueule” ? Oui, selon Sébastien Magne, psychologue du sport à Boulogne-Billancourt : “Des joueurs comme Paire et Fognini s’énervent beaucoup, balancent parfois des matchs, font un peu le show, mais ne vont pas forcément s’en prendre à leurs adversaires. Et il faut bien faire le distinguo entre le caractère “positif” et le caractère “négatif”.  Selon le psychologue, Kyrgios gagnerait peut-être à se mettre dans une bulle même si certains joueurs colériques ont toujours besoin de “s’évader” un peu pendant une partie pour garder leur concentration sur la durée.

Le rôle de son entourage, témoin et complice de ses frasques

Mais réduire le parcours de vie d’un tennisman au court est simpliste. Un sportif, c’est également un entourage et un quotidien hors champ qui peuvent influencer sur le mental une fois derrière la ligne de fond. Parfois constructives – que seraient devenues les soeurs Williams sans leur entraîneur de père ? -, ces relations intimes peuvent aussi nuire à un champion, qui doit alors s’émanciper pour trouver son équilibre. De ce point de vue, les proches de Kyrgios n’ont pas forcément eu la réponse adaptée suite à sa provocation à l’encontre de Wawrinka. Selon L’Equipe du 14 août, le frère et la mère de Nick Kyrgios en ont « rajouté » sur Twitter après les plaintes de Wawrinka en conférence de presse d’après-match : « Œil pour œil… faites vos recherches avant de claironner des choses comme des moutons… ». Avant d’effacer peu après le tweet racoleur. “Peut-être qu’en privé, elle lui en a parlé et elle l’a recadré, imagine Sophie Huguet. Mais si la mère ne s’oppose pas ou, pire, encourage les comportements négatifs de son fils, cela peut être problématique et il serait alors préférable pour Kyrgios d’avoir un interlocuteur qui arrive à lui fixer ses limites”.

Pour le moment, l’Australien tient sa nouvelle ligne de conduite, entre remise en question et orgueil touché : Bien sûr que je ne recommencerai pas mais je ne dirai pas que j’étais embarrassé, pas du tout même”, assure Kyrgios dans les colonnes du Guardian. Si j’accumule 5000 dollars d’amende (lors des six mois à venir, NDLR), ma suspension sera effective. Donc je sais que tout doit être en ordre et que je dois avoir le meilleur comportement possible […] Après, je ne vais pas aller sur le court et ne plus montrer d’émotions. J’essaie d’être moi-même”. Une sorte de juste milieu, Nick ?

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