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Le jour où j’ai pleuré pour Novak Djokovic

Lorsque Juan Martin Del Potro a battu Novak Djokovic à Rio, le numéro un mondial a fondu en larmes en quittant le court. J’ai alors ressenti une peine pour le Serbe. Une peine nouvelle et surprenante.

Novak Djokovic - CC Marianne Bevis Flickr - nov 2013

En apprenant que Juan Martin Del Potro serait le premier adversaire de Novak Djokovic au tournoi olympique de Rio, j’ai eu de la peine pour l’Argentin. Je me suis dit que tout ceci était dommage. Que Del Potro était maudit. Qu’il allait encore une fois se faire éliminer.

Bien sûr, Juan Martin Del Potro avait battu Novak Djokovic, il y a quatre ans. Bien sûr, il lui avait pris la médaille de bronze à Londres lors de cette petite finale. Mais quatre ans plus tard, tout était différent.

Novak Djokovic est numéro un mondial. Novak Djokovic a remporté tous les tournois du Grand Chelem. Novak Djokovic est en train de tout écraser sur son passage.

Et Juan Martin Del Potro ?

L’Argentin revient de loin. Opéré du poignet en 2014, Juan Martin Del Potro est resté de longs mois éloignés des courts. Le vainqueur de l’US Open 2009 avait aussi dégringolé du classement, pour se retrouver 600e mondial. Petit à petit, il avait remonté la pente. A force d’opérations, de prières et d’entraînements, Juan Martin est revenu vers la lumière.

Et dimanche 7 août 2016, à Rio, il a battu le numéro un mondial.

Au réveil, le lendemain, je tombe sur un tweet. Je me frotte les yeux pour être sûre d’avoir bien lu.
Oui, j’ai bien lu. Juan Martin Del Potro a battu Novak Djokovic.

Del Potro. Battu. Novak Djokovic.

Tout se mélange dans mon esprit, en quelques secondes. Je ressens tout d’abord une joie pour Juan Martin Del Potro que j’espérais de tout coeur revoir vite sur les courts. Et puis, je tombe sur une vidéo. Sur celle-ci, je vois Novak Djokovic pleurer. Je suis abasourdie de voir les larmes couler sur son visage. J’en ressens…de la peine.

Novak Djokovic ne sera jamais ma préférence

Oui, j’ai ressenti de la peine pour Novak Djokovic.
Ce fut la première fois et ce fut étrange.
Ce fut comme si il était devenu vulnérable à mes yeux.
Comme si ce que je reprochais à son jeu, à son comportement, n’avait plus d’importance.

Journalistes qui suivons le tennis, nous nous efforçons d’être objectifs. On y arrive plus ou moins. Nous sommes des êtres humains et notre amour pour le tennis vient des tripes. Il vient des souvenirs d’enfance, des matchs que l’on oubliera pas et que l’on racontera à nos bambins lorsque nous les emmènerons à Roland-Garros pour la Journée des Enfants. Nous aimons ce sport. Nous avons tous des préférences.

Novak Djokovic ne fait pas partie de mes préférences et n’en fera jamais partie.

J’ai grandi avec Agassi et Federer. J’ai appris à avoir du recul sur leur jeu, leurs performances, leurs personnalités et à les critiquer. La maturité y a sans doute contribué. Autour de moi, des confrères sont fans du Serbe, de Rafael Nadal ou d’Andy Murray. Et puis il y a les autres, les fans de Milos Raonic, qui se sont un peu perdus sur le chemin. Paix à leur âme.

Mais je n’ai pas réussi à aimer Novak Djokovic. J’ai pourtant essayé. Regarder les vidéos de ses facéties sur et hors du court. Essayer de trouver de l’esthétisme dans son jeu. Assister à ses conférences à Roland-Garros. Et manger son gâteau sans gluten.

Novak Djokovic, ce robot insensible, rageur, cet Hulk du dur que les fans de Roger Federer ou de Rafael Nadal ont tellement de mal à encadrer. Mais Nole a beau avoir tous les défauts de la terre pour ceux qui ne sont pas ses fans, il y a quelque chose dont il n’est pas responsable : l’ère dans laquelle il évolue.

Ce que Novak Djokovic fait est magistral

Le tennis est de plus en plus exigeant. Les joueurs voyagent toute l’année, ils multiplient les tournois, doivent s’engager en simple, en double, jouer pour eux, pour leur pays, participer à des exhibitions (ce n’est pas obligé, mais c’est mieux pour le porte-monnaie). A côté, ils sont sollicités par les médias, par leurs sponsors, ils doivent s’entraîner, récupérer, trouver le temps de manger, de dormir et de jouer à Pokémon Go.

Faire tout ceci et rester au top niveau, c’est compliqué. Faire ceci avec Roger Federer, Rafael Nadal et Andy Murray dans les parages, c’est encore plus compliqué.

Novak Djokovic est un grand champion. On peut l’accuser de tous les maux. Ce qu’il est en train de faire dans son sport est juste magistral. Tout ceci, toute cette litanie, je le savais bien avant. Peut-être me voilais-je la face. J’avais juste besoin de voir une pointe d’humanité chez lui pour réussir à l’admettre.

Peu importe que Novak Djokovic ait un jeu dégueulasse pour ses détracteurs, qu’il soit parfois accusé de ne pas être fair-play, qu’il ne soit pas populaire. Cela l’a rendu plus fort. Il s’est servi de ce statut de mal-aimé et l’a utilisé comme motivation.

Il y a une chose que l’on ne peut désormais pas reprocher à Novak Djokovic. Ces larmes.

Nous sommes humains. Novak Djokovic l’est aussi.
Et aujourd’hui j’ai versé une larme pour Novak Djokovic.

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