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Pourquoi on déteste adorer Gaël Monfils

Joueur de tennis spectaculaire et très doué, Gaël Monfils ne réussit pourtant pas à s’installer dans le top 10 mondial. De quoi frustrer ses fans les plus passionnés.

Gael Monfils - RG 2015 - CC ThoamsB -

Crédits : Creative Commons – ThoamsB

Gaël Monfils, c’est l’histoire d’une belle promesse jamais vraiment tenue. Depuis ses débuts sur le circuit en 2004, le Parisien a marqué le circuit par ses coups de génie, ses victoires inattendues et… un certain nombre de contre-performances improbables et d’espoirs déçus. Pourtant, avec son grand service, ses retours canons et sa souplesse de félin, Monfils est certainement le joueur français au potentiel le plus élevé.  Au point que bien des observateurs et membres du circuit s’étonnent de son parcours irrégulier au plus haut niveau… « Franchement, je ne comprends pas pourquoi Gaël n’a pas réussi à s’installer facilement, et je dis bien facilement, dans le top 10, s’étonnait Roger Federer en mai 2015 dans les colonnes de La Tribune de Genève. J’aimerais le voir accomplir encore plus de belles choses. » Evidemment, le Bâlois est connu pour son fair-play. Mais il est rare de le voir aussi dithyrambique au sujet d’un simple “outsider”. Il faut dire que Monfils a souvent mené la vie dure à l’ancien numéro 1 mondial, y compris sur dur. On se souvient notamment de sa splendide victoire sur Federer en demi-finale de Bercy en 2010, sur une surface indoor rapide, pourtant chérie par le Suisse. Au tour précédent, Monfils avait sorti un Murray pourtant très solide.

Entraîneur de Sébastien Grosjean du temps de sa splendeur de 4e joueur mondial, Pier Gauthier va même encore plus loin : “Même si on me parle de Nadal ou de Federer, je trouve que Gaël est plus fort, a t-il analysé sur Sports.fr Je n’ai jamais vu un joueur qui tape la balle comme ça, qui est capable de servir à 240 km/h, qui peut faire un kick qui passe au-dessus de la tête, qui se déplace sur le court comme quelqu’un qui mesure 1,50m. La semaine prochaine, il sera aux alentours de la 140e place mondiale, c’est une aberration. Même quand il est 15e, je trouve que ce n’est pas normal. Pour moi, 15e mondial, c’est le minimum avec un potentiel comme ça.”

Un palmarès insuffisant pour Monfils

Mais à louer son potentiel, on finit par oublier qu’en onze ans de carrière, Monfils s’est constitué un palmarès plutôt modeste. En 22 finales -dont deux en Masters 1000 à Bercy en 2009 et 2010)-, il n’a remporté que cinq titres ATP 250 soit un ratio inférieur à 25% ! Pire, certaines de ces rencontres ont été perdues face à des adversaires comme Albert Montanes, Philipp Petzschner, Radek Stepanek ou encore Juan Monaco qui, sans leur faire injure, sont bien moins complets, puissants et talentueux. Ce manque d’efficacité, Monfils l’a souvent expliqué par une grande fatigue en fin de tournoi. Bien sûr, l’argument est recevable vu son style exigeant sur le plan physique. Mais le Parisien a aussi une fâcheuse tendance à perdre du “jus” lors des premiers tours face à des adversaires souvent classés au delà de la cinquantième place mondiale. La faute, souvent, à un manque de maturité tactique et de plan de jeu. “C’est un très bon défenseur. Il est capable de faire de longs rallyes et de contrer de façon incroyable. Mais il a aussi une puissance de feu énorme, à la hauteur de son jeu de défense, commente Pier Gauthier. Quand on le regarde jouer, soit il pousse la balle, soit il attaque n’importe comment”.

Monfils doit retrouver une condition physique

Si son tennis fait de défenses à l’arraché, de glissades extrêmes et de “mines” peut ravir les foules, il expose également Monfils à l’inconstance et… aux blessures. Son surnom anglophone “Sliderman” (« l’homme dérapant », NDLR) en dit long sur son jeu certes spectaculaire, excitant mais aussi très usant pour le corps. Si l’on y ajoute une tendance chronique à manquer de constance à l’entraînement, on comprend mieux pourquoi le Français semble en convalescence à longueur de saison. llustration cet automne lors d’échanges avec son nouvel entraîneur Mikael Tillström, membre de la “Good to Great Tennis Academy », qui s’occupe également de Stan Wawrinka et de Grigor Dimitrov. Le 21 octobre dernier, Monfils annonçait vouloir “faire une grosse prépa foncière et tout casser dès le début d’année”, lui qui avait abandonné dès le premier tour sur blessure à l’US Open, le dos en capilotade. “Mon idée est de structurer tout ça pour que Gaël soit plus performant en Grand Chelem, plus précisément dans les premiers tours, abondait Tillström dans L’Equipe. Il faut y brûler un minimum d’énergie pour être à 100% en deuxième semaine. Ça passe par une concentration extrême pendant chaque jeu de chaque set. »

Gaël Monfils à l'US Open 2009 - Crédits : CC Charlie Cowins

Gaël Monfils en plein effort à la volée lors de l’US Open 2009 – Crédits : CC Charlie Cowins

Les promesses évanouies de Monsieur Monfils

Quinze jours plus tard, le Suédois déchante déjà : « Le programme est imposé (exhibition fin novembre, IPTL en décembre, Hopman Cup en janvier, ndlr). Je n’ai pas le temps disponible pour travailler comme j’aimerais le faire ». Aussi respectables soient-elles, ces trois dates ne devraient pas constituer une priorité pour Monfils, qui a traîné pendant des mois une vilaine blessure au dos. D’une part, parce que son ex-entraîneur Jan de Witt, avec qui la rupture a été douloureuse l’été dernier, lui reprochait déjà ses contradictions. D’autre part, parce qu’à 29 ans passés, le Français sait au fond de lui que ses meilleures années se comptent désormais sur les doigts d’une main. Plus le temps passe, plus il faut prendre soin de son corps, soigner la récupération, prévenir les petites pépins de santé avant qu’ils ne s’aggravent… Tout ce que le Parisien n’a jamais su faire depuis le début de sa carrière, entre parties de basket impromptues avec les potes, glissades inutiles sur le court et plongeons de l’impossible. L’Equipe révélait ainsi qu’à quelques semaines de la finale de Coupe Davis 2014 contre la Suisse, »Sliderman » avait percuté à l’entraînement une canalisation en s’amusant à défendre loin de sa ligne de fond… Nous fera-t-il mentir en 2015 ? Après tout, Gaël Monfils a atteint en 2008 les demi-finales à Roland-Garros en arrivant à la porte d’Auteuil convalescent et sans préparation physique dans les pattes.