728 x 90

Les qualifs à Roland-Garros, la première fois de Corentin Denolly

Corentin Denolly, 18 ans, participe pour la première fois aux qualifications de Roland-Garros. Pour le 684e mondial, fan de Rafael Nadal, fouler la terre battue parisienne est un rêve devenu réalité.

Corentin Denolly sur le court Philippe - Chatrier pendant l'entraînement de Richard Gasquet

Corentin Denolly sur le court Chatrier pendant l’entraînement de Richard Gasquet (Photo Nassima Ouaïl)

« Je suis impatient et pas trop tendu. » Corentin Denolly est excité avant son duel face au Serbe Pedja Krstin, 160e joueur mondial. Alors que les ramasseurs de balles viennent de terminer leur échauffement, le 65e joueur français débarque dans les allées de Roland-Garros. Écouteurs dans les oreilles, visage fermé, il salue illico ses amis et file droit vers le court 14. « J’ai vu qu’il vous a mis un vent , plaisante Marielle, la maman. Même nous, il ne nous a pas dit bonjour. Il est trop concentré, trop dans sa bulle. »

En 2015, après avoir atteint le stade des demi-finales à Roland Garros chez les juniors, Corentin Denolly se hisse à la troisième place mondiale de la catégorie. Mais depuis décembre dernier, le joueur fréquente le circuit principal. Pour lui, participer déjà aux qualifications d’un tournoi de Grand Chelem, en France en plus, c’est le Graal. Et il l’a su seulement quatre jours avec son match. « Bien sûr, j’éprouve beaucoup de fierté. Ce n’est pas donné à tout le monde. »

Corentin Denolly - cc Nassima Ouail 3

Il y a quelques années, ses parents ne s’imaginaient même pas côtoyer ce monde du tennis. Pour eux, venus spécialement d’Isère pour le soutenir, c’est une joie. « On ressent beaucoup de satisfaction pour lui ! C’est une forme de reconnaissance de la part des organisateurs et de la fédération de lui accorder cette chance. Ils croient en son projet », se réjouit Marielle Denolly, créatrice d’objets de décoration. « Quand il avait trois ans, il nous a dit ‘‘quand je serai grand je ferai du tennis et du foot.’’ » Corentin a finalement eu l’opportunité de commencer le tennis. « Lors de sa première séance, à l’âge de cinq ans, l’entraîneur nous a dit que notre fils était doué, se souvient Pascal, père du jeune champion et directeur en recherche et développement dans une agence de conception de produit. Deux ans plus tard, il a gagné son premier tournoi puis tout s’est enchaîné. »

Nadal, sa source d’inspiration

Né à Vienne un 6 juin 1997, titulaire d’un bac S, il grandit et progresse au sein du club de tennis de Pont-Evêque, dont sa mère est l’actuelle présidente. Avant de s’attaquer à des tournois mondiaux, ce fan de l’Olympique Lyonnais brille d’abord en Rhône-Alpes. Il termine finaliste aux championnats de France 17/18 ans. Vice-champion d’Europe en 2014, il gagne l’ITF de Beaulieu-sur-Mer en 2015. Depuis décembre 2015, Corentin défend officiellement les couleurs du club de Grenoble en première division mais s’entraîne entre Roland Garros et le Centre National d’Entrainement (CNE) dont la mission est de former les futurs pros du tennis français.

Corentin Denolly - cc Nassima Ouail 2

Gaucher et puissant comme Rafael Nadal, Corentin Denolly espère suivre la voie de son idole. « C’est plutôt une bonne comparaison. J’espère m’en inspirer au mieux. C’est un joueur énormément bosseur, un bagarreur hors pair. C’est quelqu’un d’irréprochable sur le terrain. Physiquement, il s’arrache comme pas possible, c’est un modèle. » Corentin Denolly se souvient de la première défaite d’El Matador face au Suédois Robin Söderling. Du haut de ses 12 ans, il était dans les tribunes de Roland. « C’était un peu bizarre. Mais voir de mes propres yeux Roland Garros, ça me donnait encore plus envie ! » En 2015, Corentin se permet une petite infidélité à Rafa. Il a la chance d’être le sparring-partner de Novak Djokovic qui recherchait justement un gaucher. Pourquoi ? Le lendemain, le Serbe, numéro un mondial, devait jouer la finale de Monte-Carlo contre Rafa Nadal. « J’ai jamais pu côtoyer Rafael Nadal mais je l’ai croisé justement dans les vestiaires, à Monaco. »

« Je ne peux pas vivre du tennis »

Le quotidien de Corentin Denolly contraste avec le côté très prestigieux de Roland-Garros. Voyager à travers le monde, réserver des billets d’avion, des chambres d’hôtel…tout cela a un coût. « Je ne gagne pas énormément. C’est un peu galère. J’économise de partout ». Le jeune Français peut tout de même compter sur ses sponsors Asics et Babolat ainsi que d’une bourse de la Ligue. « Je peux financer ma saison mais je ne peux pas en vivre. »

« Allez Co ! Allez Co ! », scandent les proches de Corentin dans les derniers jeux de son premier match de qualification. Sur le papier, Pedja Krstin est le grand favori. La logique a été respectée. Battu sur la terre rouge de la Porte d’Auteuil (5-7, 3-6), Corentin Denolly est satisfait d’être arrivé à ce stade, tout comme son entourage. « Corentin a un jeu très offensif, il a fait plein d’amortis et de beaux coups gagnants. Il a manqué d’expérience par rapport à son adversaire qui a fait moins de fautes », analyse Pierre Debrosse, 23 ans, prof de tennis à Grenoble et ami du jeune homme. « Il est sympa, intelligent, très sérieux et hyper simple. Il a beaucoup progressé. » Corentin a perdu cette fois-ci mais il reviendra, c’est sûr. Présenté comme l’un des Français les plus prometteurs de la génération 1997, il a fait partie de la Coupe Davis junior. Roland, c’est terminé. Dès la semaine prochaine, il s’envolera pour un tournoi en Bosnie. Futur Nadal alors ? « J’espère ! »