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Dolgopolov, Giraldo, Mayer…dans l’ombre des cadors

Leurs noms ne vous disent peut-être pas grand chose. Mais derrière les Nadal, Federer ou Djokovic, qui attirent la lumière, des joueurs moins connus développent un jeu différent, rafraîchissant et sexy. Découvrez Dolgopolov, Giraldo et Mayer.

Alexandr Dolgopolov en mars 2012 (CC Marianne Bevis)

Alexandr Dolgopolov en mars 2012 (CC Marianne Bevis)

Pourquoi ne pas se délecter d’une rencontre entre Santiago Giraldo et Alexander Dolgopolov ? Non, nous ne sommes pas devenus fous. Des joueurs moins bankable (à prononcer banquébeule), moins connus, mais tout aussi intéressants, évoluent à l’ombre des cadors du circuit ATP. Loin des Djokovic, Murray, Federer et Nadal. Certains gravitent même autour de la 50e place mondiale, mais n’ont droit qu’à quelques bribes d’articles dans les médias à chacune de leur « performance ». Ou lorsqu’ils affrontent, justement, un gros poisson. Considérés comme du menu fretin, ils possèdent pourtant des coups plus atypiques, une personnalité parfois moins lisse. Ils sont les épices à la soupe de l’ATP (le circuit professionnel), considérée par certains joueurs – anciens et actuels – comme un peu fade : un style de jeu uniforme, des échanges rallongés, le physique avant tout. Place à l’originalité.

Précision : tous les classements entre parenthèse ont été pris à la date de publication de cet article : le 30 janvier 2016.

Santiago Giraldo, 103e mondial

Le Colombien de 29 ans n’est pas un poète. Il balance des frappes lourdes et liftées assez typique du joueur spécialiste de la terre battue. Il a d’ailleurs atteint ses deux finales sur le circuit, perdues, sur cette surface. Mais c’est en retour de service que Santiago Giraldo s’illustre. C’est simple : il donne tout. Peu importe qu’il soit à trois ou quatre mètres derrière sa ligne, il lâche le bras. Et quand ça rentre, même les plus affutés physiquement se retrouvent à la rue. Une technique osée, que peu de joueurs de tennis amateurs oseraient copier dans leur club, sous peine de réduire drastiquement la population de vertébrés tétrapodes (également appelés oizos, NDLR) de leur région.

Cela n’a pas échappé à Stefan Dimov, expert du montage, fan de tennis et youtubeur compulsif, qui a réuni ses meilleures pralines dans une vidéo, vue près de 450 000 fois. Une vraie tranche de douceur. Le retour à 5 : 07 est incroyable. Stefan, si tu lis Lignes de fond, merci. Merci, sauf pour la musique techno (warning : Juan Carlos Ferrero se fait détruire au début de la vidéo. Cela peut choquer les amateurs de tennis espagnol et de tapas).

Pourquoi on l’aime

Pour le bruit mat et délicieux du retour de service violent et le regard hagard du serveur dans les choux. Parce que Santiago Giraldo est Colombien et que la rédaction de Lignes de fond ne souhaite aucun litige avec les Cartels de la drogue.

Ses principaux faits d’arme

Une 28e place mondiale en septembre 2014. Une finale perdue contre Kei Nishikori à Barcelone la même année. Une victoire contre Andy Murray, toujours en 2014 (décidément mon pote t’as passé une année de folie). Et surtout : s’appeler Santiago, parce que c’est quand même la classe.

Notre pronostic pour 2017

Une finale dans un ATP 250 (sur terre évidemment), une pluie de retours gagnants et une place au chaud dans le top 40.

Bonus

une musique pas tout à fait réussie et un peu (beaucoup) gênante d’un homonyme. Bonne écoute, montez le son, profitez du clip.

Alexander Dolgopolov, 69e mondial

L’Ukrainien de 28 ans est un génie. Et comme tous les génies, il est incompris de ses contemporains. Sa technique atypique, ponctuées de gestes parasites (surtout en coup droit), ferait saigner les yeux d’un entraîneur académique. Le contraste est flagrant avec les ondulations pures et limpides du Tchèque Tomas Berdych. Une opposition savoureuse -un oxymore-, survenue déjà cinq fois sur le circuit. La dernière rencontre a tourné à l’avantage de Dolgopolov en 2015, à Cincinnati.

Décrire le jeu de Dolgopolov est impossible. Mais nous allons tout de même essayer. Regarder se mouvoir Dolgopolov sur un court, c’est ne rien comprendre. Dolgopolov a le temps d’ajuster un gros coup droit ? Il préfère jouer un coup « choppé » (coupé) approximatif qui s’écrase parfois dans le couloir. Et quand il semble débordé ? C’est simple, il claque un énorme revers gagnant, en préparant au dernier moment. Il est l’un des rares à frapper la balle son service à balle montante, à une faible hauteur, une fraction de seconde après le lancer. Car « The Dog » n’a pas le temps. Quant à savoir s’il débarque sur le terrain avec une vraie stratégie…

Ses deux coups les plus improbables et incroyables sont l’amorties et le slice de revers, dont il use et abuse sans logique. Touchés à la perfection, même Djokovic ne peut rien. Il en résulte un cocktail rafraîchissant, qui a déjà rendu fou plusieurs opposants. Saluons les nerfs solides du compatriote de Novak Djokovic, Viktor Troicki, qui a du subir environ 3628 amorties lorsqu’il affronta Dolgopolov au troisième tour de Roland Garros, en 2011. Ne saluons pas en revanche les commentateurs qui crient au « n’importe quoi ». Vous insultez l’art.

Pourquoi on l’aime

Pour son jeu inattendu et créatif qui tranche tellement avec le reste du circuit. Parce qu’il est impossible de pronostiquer un de ses matchs : il peut dégoupiller à tout moment ou sortir un gros poisson.

Ses principaux faits d’armes

Une 13e place mondiale en 2012 ; un quart de finale à l’Open d’Australie en 2011, en sortant au passage Tsonga et Soderling. Et aussi porter la queue de cheval.

Notre pronostic pour 2017

Aucun, il n’est pas pronosticable (vous n’avez pas suivi ou quoi ?)

Bonus

Une compilation de points dingos sur de la musique rock vintage.

Florian Mayer, 50e mondial

Clignez des yeux plusieurs fois, pincez-vous. Non, ce n’est pas Fabrice Santoro. C’est bien Florian Mayer qui vient de frapper un revers coupé à deux mains. L’Allemand possède une technique particulière, tout en toucher, qui rappelle le magicien tricolore. Et il est le seul du circuit masculin, depuis la retraite du Français en 2010, perpétuer cette bizarrerie technique si délicieuse pour la rétine. Son jeu est rempli d’improvisations géniales, souvent efficaces, agrémentées de montées au filet.

Jugez plutôt (mention spéciale à l’amortie « saut de cabri » dès le début de la vidéo) :

Grâce à une tactique et un jeu économe physiquement (frappes à plat, toucher de balle), l’Allemand a pu revenir au premier plan après des blessures. Certes, d’autres joueurs ont réalisé le même exploit bien sûr, soulevant au passage quelques: tournois du Grand Chelem, mais tout le monde n’est pas Rafael Nadal. Ainsi, classé 487e mondial en juin 2015, Florian Mayer remporte un an plus tard le tournoi ATP 500 de Halle en Allemagne (son deuxième titre). Il avait pu s’aligner en bénéficiant d’un classement protégé, accordé au cas par cas aux joueurs revenant de blessure.

L’Allemand de 33 ans pourrait s’inspirer du récent exploit de son compatriote Mischa Zverev, qui a sorti Andy Murray à l’Open d’Australie en le soûlant de montées à la volée. Une tactique pas si loufoque mais devenue plutôt rares ces dernières années. La preuve qu’un tennis d’attaque créatif a encore sa place pour titiller les meilleurs.

Pourquoi on l’aime

Pour ses nombreux « sauts » au moment de frapper un revers ou de poser une amortie. Esthétique, fun et pas si simple à réaliser.

Ses principaux faits d’armes

Deux quarts de finale à Wimbledon. Voici la preuve que son jeu créatif sied parfaitement au gazon. Preuve que le gazon est la meilleure surface du monde pour les artistes. Donc Federer est un artiste. CQFD. Et il a aussi retourné la tête de Nadal à Shanghai en 2011 (victoire 7-6, 6-3) et de Murray à Doha en 2014.

Notre pronostic pour 2017

Une finale dans un tournoi sur gazon ; une rencontre avec Fabrice Santoro qui débouchera à coup sûr sur une amitié longue et sincère.

Bonus : Un gros match perdu de justesse contre un autre bouffeur d’herbe, Federer, l’an dernier à Stuttgart. Deux créateurs, pour une partie forcément jouissive. Et la vidéo ci-dessous d’une qualité exceptionnelle.