728 x 90

David Goffin, la belle histoire belge

Pour sa première participation au tournoi de Bâle, David Goffin défie en finale son idole, Roger Federer, qu’il avait déjà affronté à Roland-Garros en 2012. Enchaînant les records à 23 ans, le surdoué belge confirme sa fulgurante ascension.

David Goffin à l'US Open 2012 - Edwin Martinez

David Goffin à l’US Open 2012 – Edwin Martinez

Ces dernières semaines, le Belge David Goffin a pris une autre dimension. Opposé cette année à Grigor Dimitrov au troisième tour de l’US Open, le jeune homme de 23 ans a asphyxié le Bulgare en début de partie, en lui affligeant un 6-0 en 26 minutes. Les statistiques de la manche, elles, sont impressionnantes. Depuis cette défaite honorable, David Goffin n’a pas perdu un seul match. Le Belge a aussi joué six finales et les a toutes remportées.

Originaire de Liège, le petit David Goffin attrape sa première raquette à 5 ans. « Avec David, nous jouions sans cesse au tennis, se souvient son frère, Simon, de trois ans son aîné. Je me souviens de parties improvisées dans notre garage. Je le soupçonne d’avoir vite songé à faire une carrière car il ne lâchait jamais sa raquette. » Pendant trois ans, David suit des stages de tennis pendant les vacances, jusqu’à être repéré par la Fédé belge. Pour sa maman, Françoise, il est hors de question que David arrête sa scolarité pour le tennis. « J’ai toujours mis un point d’honneur à ce qu’il termine son cycle scolaire. Certains arrêtent trop tôt. » David intègre le centre tennis-études de Mons, à une heure du domicile familial. Après avoir obtenu son diplôme du secondaire à 17 ans, il met un temps mort à ses études et passe professionnel. « Il aurait aimé devenir kiné ou médecin du sport. Ces dernières années, il s’est contenté d’apprendre les langues. », explique sa mère. Le tennis, c’est une histoire de famille chez les Goffin. Le groupe voyage avec le rejeton sur les courts. « Son père suit beaucoup l’aspect tennis. Moi, je suis présente pour le reste », décrit Françoise. Quant aux amis de David, ils sont « presque tous » dans le monde du tennis, se réjouit le jeune droitier. « J’ai aussi rencontré ma petite amie dans un club ». Stéphanie suit son parcours aux premières loges.

En avril 2011, il débute sa collaboration avec son coach de l’époque, Reginald Willems. Six mois plus tard, il bat son compatriote, Olivier Rochus, en demi-finales de l’Ethias Trophy, à Mons. Une de ses premières performances marquantes. Six mois après, il décroche son premier titre sur le circuit, le Challenger de Guadeloupe, en s’imposant face à Mischa Zverev (6-2, 6-2). Dans la foulée, il est repêché comme « lucky loser » à Roland-Garros. 109e mondial, Goffin bat Radek Stepanek, 27e mondial, puis Arnaud Clément et Luksaz Kubot. En huitièmes de finale, il est opposé à…Roger Federer, son idole. « Il nous a tant parlé de la classe et du talent du Suisse. Le voir sur le même terrain que son idole, un sentiment indescriptible », s’émeut alors sa maman, Françoise. Qu’importe l’idolâtrie, Goffin réussit à prendre un set à sa coqueluche, 5-7, 7-5, 6-2, 6-4. « J’ai vécu une semaine extraordinaire, mais jouer sur le Lenglen face à Roger, c’était la cerise sur le gâteau. Je vous cache pas que j’avais des photos de Roger partout dans ma chambre », avouera David Goffin sur le court face à Roger, au micro de Marc Maury.

Deux ans plus tard, c’est un tout autre David Goffin qui va défier sur ses terres son idole, l’ancien numéro un mondial. Après « le plus grand match de (s)a vie » sur le Lenglen, David Goffin a gagné 45 places au classement ATP. 64e mondial, il est devenu le numéro 2 belge et talonne Olivier Rochus. Dans la foulée, il est sélectionné pour représenter la Belgique aux Jeux de Londres. Quelques semaines plus tard, il bat pour la première fois un top 15 : John Isner, 11e mondial, à l’Open de Valence. David Goffin passe 42e mondial. Pourtant, 2013 débute mal pour le Belge. Avec 12 victoires et 7 victoires en tournoi ATP, il sort du top 100. Heureusement, David Goffin remporte plusieurs matches lors de la tournée américaine. Il remonte au classement et clôt sa saison par une victoire sur Richard Gasquet, en tournoi exhibition, à Caen.

L’année 2014 du Belge débute en demi-teinte, mais les choses s’enchaînent très vite. Depuis sa défaite au premier tour de Wimbledon en juin dernier (1-6, 4-6, 5-7), le Liégeois a joué six finales… qu’il a toutes remportées. Deux tournois ATP en simple (Open de Kitzbühel  et Open de Moselle, ndlr) et quatre tournois Challenger. « Son service va beaucoup mieux. Pourtant, il n’y a pas eu, là non plus, le moindre événement particulier. David a pris confiance et, quand la confiance est là, tout va mieux, c’est logique. » Ces dernières semaines, le jeune Belge a fait des étincelles sur le circuit. Au total, Goffin cumule 43 victoires sur ses 45 derniers matches de la saison. « Nous avons beaucoup travaillé l’aspect psychologique avec son préparateur psy Fabrice Dezanet », raconte son entraîneur, Thierry Van Cleemput. Nous nous sommes focalisés sur le comportement de David. Sur le terrain, en match, on a insisté sur le fait que David se devait d’être ambitieux sur tous les points. » A Bâle, Goffin a éliminé Dominic Thiem, Ivan Dodig, Borna Coric, tombeur de Rafael Nadal, et surtout Milos Raonic, 9e mondial, demi-finaliste à Wimbledon et de 20 jours son aîné. Sa première victoire sur un joueur du top 10.

La semaine prochaine, David Goffin est sûr d’arriver à Bercy à la 25e place mondiale, au moins. Ce sera le deuxième meilleur classement de l’histoire du tennis masculin belge, après la 19e place de Xavier Malisse. « Jour après jour, il va progresser. Il faut qu’il continue à travailler dur, à prendre du plaisir sur le terrain et il battra les meilleurs », lui souhaitait Roger Federer en 2012, après leur premier duel. Au fond, tout ceci n’est qu’une question de temps.