728 x 90

Alexander Zverev, le gosse qui bouscule le tennis

Au tournoi de Hambourg, Alexander Zverev, 17 ans et 286e mondial, déjoue tous les pronostics en éliminant trois joueurs du top 100. En quart de finale face à Tobias Kamke, il va tenter de prolonger la plus belle semaine de sa carrière. Alors qu’il enchaîne les records, le gamin de Hambourg a tout d’un futur grand.

Alexander Zverev en juin 2013 (photo Carine06)

Alexander Zverev en juin 2013 (photo Carine06)

Il n’a que 17 ans mais il déboule comme un bulldozer dans le monde du tennis. Classé 285e mondial au début de la semaine, Alexander Zverev enchaîne chez lui, à Hambourg, les meilleurs perfs de sa jeune carrière. Du haut de son mètre 93, le jeune allemand, wild-card, a déjà sorti trois joueurs du top 100, sans même lâcher un set.

Première victime : Robin Haase, 51e mondial. Mangé en deux manches, le Néerlandais n’aura marqué que deux jeux (6-0 6-2). Bis repetita au deuxième tour, puisque Zverev se paye en deux sets le scalp de Mikhail Youzhny, alors que 266 places les séparent à l’ATP (7-5 7-5). Sa dernière victoire ne fut pas des moindres : titré deux fois sur terre battue, Santiago Giraldo, 32e mondial, s’incline face au jeune pousse, 6-4 7-6(5).

En enchaînant les bons coups, Alexander Zverev devient le premier joueur de 17 ans à atteindre un quart de finale dans un tournoi ATP 500 depuis 2004… et un certain Rafael Nadal. Cette semaine, il est aussi devenu le plus jeune joueur à remporter un match en ATP 500 depuis le Bulgare Grigor Dimitrov.

Premier titre, son père débarque sur le court avec son iPad

Il y a un an à peine, Alexander Zverev terminait finaliste en simple garçons à Roland-Garros face au Chilien Christian Garin (6-4 6-1). Quelques mois plus tard, il arracha en junior son tournoi préféré, l’Open d’Australie, face à Stefan Kozlov (6-3 6-0). Quatrième allemand à remporter le titre chez les jeunes, Zverev semblait déjà sur une autre planète. « J’ai l’impression d’avoir franchi un pas de géant dans ma carrière. » Son ascension n’est pas due au hasard.

Pour les amoureux du tennis, le nom de famille « Zverev » ne sonne pas creux. Originaire de Hambourg, le gamin est le fils d’Alexander Zverev Sr, qui fit les beaux jours de l’URSS sur les courts à la fin des années 80. En 1991, la famille Zverev atterrit en Allemagne. Six ans plus tard, Alexander Junior voit le jour. « Mon père et ma mère étaient des joueurs de Coupe Davis et de Fed Cup. Chaque jour, je les regardais jouer. »

A 1 an et 5 mois, Zverev junior attrape une mini-raquette et se met à taper la balle avec frénésie dans l’appart familial. « Mon père et ma mère entraînaient au club de tennis (l’UHC Hamburg, ndlr). Lorsqu’ils rentraient, je leur disais ‘allez, venez jouer un peu’. Alors, ils venaient faire quelques balles avec moi, même s’il était 8 heures du soir. » Depuis ses 5 ans, il ne lâche plus sa raquette.

Chez les Zverev, on aime le tennis de père en fils. La preuve, Alexander suit les traces de son aîné Mischa, 26 ans, 350e ATP après une honorable place de 45e mondial en 2009. Coaché par papa, Alexander Zverev voit son héritage non pas comme une pression mais comme une chance. « Ils sont tous passés par là alors ça ne peut que m’être utile. »

Début juillet, Zverev participe au tournoi Challenger de Braunschweig. Il élimine Tobias Kamke, Nils Langer, Joao Souza et Andrey Golubev, tous joueurs du top 100. Mené un set à zéro en finale face à Paul-Henri Mathieu (1-6) Zverev inverse le cours du match (6-1 6-4). La famille complète est dans les tribunes, jusqu’à la grand-mère. Impassible pendant toute la rencontre, caché derrière ses lunettes noires, son père se précipite vers le court au moment de la victoire et bombarde son fils avec son iPad.

Alexander Zverev et son aîné, Mischa (CC Carine06)

Alexander Zverev et son aîné, Mischa (CC Carine06)

Un féru du Heat qui n’aime pas l’alcool

Après sa victoire sur Youzhny mercredi à Hambourg, Zverev n’avait plus les pieds sur terre : « Je ne peux pas expliquer ce que je ressens maintenant. Je ne sais pas si je ne suis pas en train de rêver, en fait. » Ce tournoi, Alexander Zverev y venait jusqu’alors « comme spectateur, depuis l’âge de trois ans ». L’été, il vit à Hambourg et l’hiver, direction la Floride, où il fait ses gammes. Quand il ne joue pas, il golfe ou fait du basket, mate des matches du Heat, son équipe préférée, ou regarde jouer son idole, Roger Federer. Un gamin de son âge, qui n’aime pas l’alcool, tout comme son frère. « Je n’en ai pas besoin, je peux faire d’autres choses pour m’amuser. »

En quarts de finale, « Sascha » Zverev affronte vendredi son compatriote, Tobias Kamke, qu’il a déjà sorti au premier tour du Challenger de Braunschweig, il y a quelques jours, avant de décrocher le titre. « J’aime les grands stades », confessait t-il alors. Classé 195e au provisoire, il grimperait à la 165e place en cas de victoire face à Kamke. Il y a dix mois, il était 846e mondial.

Assia Hamdi