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On a testé…le tennis en fauteuil avec Stéphane Houdet

Lignes de fond a testé le tennis en fauteuil contre le numéro un mondial de la spécialité, Stéphane Houdet. Une expérience rude mais instructive.

Stéphane Houdet - Pierre - tennis fauteuil

Les triceps en feu, je me déplace avec peine pour renvoyer de façon molle la balle de l’autre côté du filet. Chaque déplacement latéral est un enfer. Dès que la balle est loin de moi, mes jambes ont envie de sortir de ce carcan de métal dans lequel je me sens engoncé, limité, coincé… Voilà qui résume bien mes premières impressions après quelques minutes jouées en fauteuil contre Stéphane Houdet, numéro un mondial de la catégorie. Ancien joueur de bon niveau valide, Stéphane a découvert le tennis fauteuil à 34 ans, après l’amputation de sa jambe droite suite à un accident de moto.

“La clé, c’est de se déplacer en permanence en fond de court en faisant des “boucles” avec le fauteuil, m’explique gentiment mon champion de prof. Comme ça, on limite les efforts physiques et on peut te servir de son élan pour frapper la balle. Et on n’est jamais pris à contrepied, y compris quand on est sur la défensive”. Malgré ma bonne volonté, plus facile à dire qu’à faire… Même après un quart d’heure d’acclimatation ! Quand je parviens enfin à prendre de la vitesse en fond de court, j’échoue à me replacer entre les frappes avec assez de précision. Conséquence immédiate : quand je ne suis pas pris à contrepied, j’arrive trop tard pour frapper dans la balle… “C’est le mouvement des épaules et du bassin qui permet de faire ces “boucles” en fond de court”, répète avec pédagogie Maître Houdet. Profitant de ses quelques échanges avec ma collègue, j’observe avec plus d’attention les mouvements du numéro un mondial. Histoire de m’inspirer un maximum du champion, de repérer son “truc”.

Ci-dessous, une vidéo qui résume ce face à face :

(images et montage : Nassima Ouaïl)

Des mouvements compliqués à bord du fauteuil

Étonnamment rapide en fond de court, Stéphane Houdet sait aussi profiter de sa position surélevée -il n’est pas assis mais dressé sur ses genoux- pour diriger son fauteuil en carbone avec ses hanches. Cette position haute renforce sa capacité à dominer la balle et à frapper fort et lifé. Une fois de retour sur le court, j’essaie de me pencher comme lui pour prendre mes virages mais mes tentatives restent vaines. Je peine à enchaîner deux frappes décentes dès que je dois me déplacer. La faute à mon inexpérience, mais aussi à une assise beaucoup trop basse pour que je puisse déplacer le fauteuil grâce à des mouvements de bassin. Ne pouvant appliquer les conseils de mon adversaire du jour, je décide de me servir de mes mains pour actionner les deux roues. En bloquant la roue gauche et en actionnant la roue droite, j’arrive enfin à tourner à gauche et vice versa. Mais il y a un hic et il est de taille : impossible de freiner à la main une roue lancée à pleine vitesse ! Je propose alors à Stéphane Houdet de jouer long et au milieu pour que l’on puisse faire des échanges en fond de court dignes de ce nom.

La clé, c’est de « prendre la balle tôt »

Pas trop mécontent de mon coup, je frappe alors dans l’axe. La balle revient vers moi, longue, assez liftée et désirable, elle que je rate depuis maintenant 20 minutes ! Sauf que j’ai mal apprécié son rebond un tantinet fuyant. Je la manque de façon lamentable. “Le plus compliqué, c’est de réussir à prendre la balle tôt et de la frapper avec de l’élan pour lui redonner de la puissance, explique Stéphane Houdet. Si on se laisse dépasser par la balle, cela devient compliqué de la ramener dans le court car on a évidemment beaucoup moins d’allonge que sur deux jambes”. Après quelques essais supplémentaires, je commence en effet à mieux lire les trajectoires, le temps de me faire à l’idée que je dois anticiper au mieux, faute d’avoir un talent et un matériel dignes de celui du numéro un mondial. Une, deux, trois frappes de balle en cloche : cela commence -de loin, les yeux bandés- à ressembler à du tennis. Sauf que je suis à l’intérieur du court, presque dans les carrés de service, et que je n’arrive pas à améliorer mes déplacements face à un Houdet tout en vitesse. ”Tout est relatif. On a l’impression que je suis rapide mais je ne suis pas très bon dans ce registre. Sur le seul plan tennistique, je suis peut-être le “meilleur joueur” du circuit. Mais je me fais souvent battre par des joueurs plus mobiles qui sont venus au tennis fauteuil bien avant moi. J’ai encore une marge de progression de ce côté-là”, nous explique le numéro un mondial au terme des trois heures. Rassurant ! En tout cas, la prochaine fois, je l’initierai à mon sport de prédilection…le tennis de table !

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