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On a testé…le gazon du Lawn Tennis Club de Deauville

En ce mois de juin, la saison sur gazon bat son plein avec Wimbledon qui approche à grand pas. Chez Lignes de fond, on a voulu tester cette surface au Lawn Tennis Club de Deauville qui attirerait plus d’un fan de tennis.

Finale messieurs du tournoi de l’Open de Deauville-Trouville Photo : Mélanie Soulat

Article édité par Assia Hamdi 

« J’ai pensé à Roger Federer, il fallait lui faire honneur, lance Mélanie après avoir testé pour la première fois de sa vie le gazon, dans un cadre naturel et reposant. C’est bien et classe. » Habituées à jouer sur dur ou terre battue dans notre club, nous rêvions de jouer sur de l’herbe. Impeccable : il y a un an, le Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie, premier club de tennis sur gazon naturel en France, a ouvert ses portes. On peut s’y rendre entre le 15 avril et le 15 octobre.

Pour respecter la tradition de Wimbledon, j’avais opté pour au moins un haut blanc. « C’est tellement plus beau. On n’exige pas encore la tenue blanche mais je pense qu’un jour on y arrivera. Là, on se veut ouvert à tout le monde. », souligne Martin Besançon, co-directeur du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie, qui dispose de neuf courts en substrat-fibré et deux en base d’argile.

À gauche Mélanie Soulat. à droite, Nassima Ouaïl prêtes pour un test sur gazon, devant le club house « Grand Chelem » du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie (Photo : Lawn Tennis Club Deauville)

Sinon, j’avais mis mes chaussures de tennis tout terrain. Mais je pensais que sur gazon, il était obligatoire d’en avoir des spécifiques. « On peut jouer avec des chaussures normales. Celles de la terre battue accrochent bien car elles sont souples. En revanche, les chaussures de running martyrisent le terrain. Elles sont interdites, explique celui qui a fondé ce club avec son ami Grégory Brussot. Ensuite, on a les vraies chaussures à gazon, celles à picots. Tu as une meilleure reprise d’appui mais tu défonces les terrains. » Vincent Savourat, le jardinier en chef du club, ou« head groundsman », s’alarme gentiment : « Mais ce n’est pas drôle pour moi… »

Un rebond bas à anticiper

Voir en vrai un court de tennis tout vert m’amusait et m’impressionnait. Je n’en avais pas l’habitude. J’avais déjà visité il y a quelques années le All England Lawn Tennis and Croquet Club mais les terrains n’étaient pas encore tracés comme Wimbledon n’avait pas encore lieu. Je m’agenouille sur le gazon pour le caresser et me place vite en fond de court pour taper la balle avec mon amie Mélanie. Alors que nous n’avons pas loin de 14 ans de tennis derrière nous, nous nous sommes senties vraiment comme des débutantes. Les dix ou quinze premières minutes, nous avions l’impression de perdre notre niveau de jeu habituel. C’était compliqué.

Notre journaliste Nassima Ouaïl en pleine action sur le gazon du « Wimbledon normand »

« Après, on s’habitue vite à la balle, au rebond plus bas. Là, j’ai beaucoup plus plié mes jambes, je l’ai même senti, commente Mélanie. J’ai plus bougé sur le terrain avant-arrière. Tu es obligée de monter à la volée. C’est plus efficace pour le jeu. » Beaucoup de montées au filet mais plus de lobs aussi… Les sensations de jeu sur le gazon semblent nouvelles, tellement différentes d’une autre surface.

« C’est un jeu orienté vers l’avant. Comme la balle rebondit moins par rapport au dur ou à la terre battue, tu ne dois pas l’attendre. Il faut toujours avancer vers la balle car elle va retomber très rapidement, conseille Martin Besançon, co-directeur du « Wimbledon normand ». En terme de déplacement, le centre de gravité va être plus bas, il faut davantage fléchir. On va être dans de l’anticipation. Comme disaient Jérémy Chardy ou Roger- Édouard Vasselin, il faut « se réapproprier le déplacement sur gazon ». »

Vincent Savourat, le greenkeeper (à gauche) et Martin Besançon, co-directeur du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie (à droite). Photo : Nassima Ouaïl

Une surface favorable aux effets

Après environ 40 minutes de jeu, nous arrivons beaucoup mieux à apprivoiser cette herbe. Nos balles sont moins molles. Nous arrivons même à les accélérer. Habituellement mon jeu tourne autour de la ligne de fond et ma meilleure attaque reste la défense. Mais là, sans comprendre et m’en rendre compte, je me trouve plusieurs fois tout proche du filet à volleyer. Le gazon est une bonne surface pour travailler la volée.

« Pour les effets, c’était vraiment mieux. Je le ressens davantage », raconte Mélanie, heureuse d’avoir trouvé sa surface idéale pour son type de jeu. Mon acolyte prend plus rapidement ses aises que moi sur le gazon avec ses sacrées petites amorties. En même temps, elle est de la team Roger Federer (Wimbledon) et moi c’est team Rafael Nadal (Roland-Garros), d’où la petite différence. De mon côté, il m’aurait fallu un peu plus de temps pour importer mon humble savoir-faire sur le gazon. Mais je ne m’en sors pas trop mal et j’y ai pris énormément de plaisir. Le test fut très ludique. Sur gazon, on peut avoir l’impression de pratiquer un autre sport. Nous étions un peu comme deux gamines avec un nouveau jouet.

Mélanie Soulat se concentre sans doute pour réaliser une petite amortie.

Le gazon, cette surface rapide privilégie les joueurs qui ont un gros service. Par rapport à la terre, la durée des échanges est plus courte. Les avantages de l’herbe ? « On va avoir une pratique plus offensive. Tu prends plaisir à balader ton partenaire avec des chopés. L’autre est obligé d’avancer. Mais cela n’empêche pas de jouer aussi du fond du court. On prend l’habitude de développer une autre forme de jeu. »

Bichonner le gazon

Tonte et traçage des terrains pour Vincent Savourat, le « head groundsman », jardinier en chef du club, et son équipe. Photo : Nassima Ouaïl

Ce samedi de fin mai, nous avions eu une belle averse de pluie juste avant notre arrivée. Pas gagner d’avance pour jouer tout de suite. Il fallait laisser sécher les terrains. Comme nous l’expliquions dans notre article sur le défi du gazon face à la pluie, le court en substrat-fibré (une technique à base de sable, de liège et de fibre synthétique) permet de jouer une heure après s’il y a du soleil par la suite. Cette terre-là est plus résistante et retient moins d’eau que la terre classique. En ce qui concerne le court en base d’argile, nous aurions dû alors attendre au moins 24h pour jouer…

Tonte des terrains avant le début des finales de l’Open de Deauville-Trouville pour Vincent savourat, le greenkeeper. Photo : Mélanie Soulat

« Nous sommes en contact avec Wimbledon. Ils ont envie de nous aider mais ils sont aussi intéressés par ce que nous faisons. Eux n’ont que des courts en base d’argile c’est pour cela qu’ils bâchent. », explique Vincent Savourat, « greenkeeper » du Lawn Tennis Club Deauville, ingénieur agricole de formation. Tous les jours, il bichonne le gazon normand. Fertilisation, regarnissage, combat contre les maladies, tonte, arrosage… Son entretien demande beaucoup de travail, de temps, de réactivité, de patience, de passion mais requiert forcément un coût.

La hauteur de coupe maintenue s’élève à 8 mm précisément. « En préparation de tournoi, on tond même deux fois les terrains. De temps en temps, on fait des opérations mécaniques. On travaille le gazon verticalement pour lui donner de l’air, décrit celui qui est dans le gazon depuis 1989. Bien sûr, on arrose, mais pas tant que cela en comparaison à des terrains de football ou à un hippodrome qui eux ont besoin de beaucoup d’eau. On doit observer le gazon pour voir s’il nécessite de l’eau. »

Un luxe, pas ancré dans la tradition française

Après ce test et toutes ces explications, inutile de vous dire que nous adorions avoir un court en gazon dans notre club de Bagneux. Mais nous pouvons toujours rêver… Cette surface n’est pas très développée en France. « C’est vraiment une histoire de culture », lâche Martin Besançon. « Il y a une histoire économique aussi. Le tournoi du Grand Chelem français se déroule sur terre battue donc la fédération française va favoriser cette surface-là, ajoute Vincent Savourat. Quant à la Fédération britannique de tennis, son Grand Chelem se passe sur gazon naturel donc elle développe davantage cette surface. »

Entrée du très cosy Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie. Photo : Nassima Ouaïl

Jouer sur surface verte relève t-il du luxe en France ? Cette tradition anglaise n’est pas prête de s’exporter chez nous, même si la création du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie apporte une nouveauté dans le paysage du tennis tricolore. Et le gazon est une niche. « La philosophie du gazon en Angleterre est tellement forte que les jardiniers au même niveau que moi sont beaucoup mieux payés en Angleterre qu’en France », spécifie le « greenkeeper » normand. « Bon, tu vas pas faire chier », plaisante Martin Besançon,son patron, avant de raconter une petite anecdote : « La première fois que nous sommes allés à Wimbledon, le directeur disait sur le ton de l’ironie « le vrai chef ici c’est mon jardinier. C’est lui qui décide si on joue ou pas. » »

Pros comme amateurs

Le samedi 17 juin, Mélanie a eu la chance de revenir au Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie, en tant que spectatrice cette fois-ci, pour regarder les finales du tournoi CNGT (Circuits nationaux des grands tournois) gagnées par Roberto Bautista Agut chez les hommes et Myrtille Georges chez les femmes. Le club se veut ouvert à tous. Pas besoin de licence pour venir taper la balle de temps en temps ou venir faire des stages. « Le gazon, c’est sacré, glisse Mélanie. On a presque envie de s’excuser quand on lui marche dessus. ».