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Pourquoi le tennis américain galère sur terre battue ?

Depuis Andre Agassi, le joueur américain est en voie de disparition dans les derniers rounds des tournois de terre battue. A Roland-Garros, les Etats-Unis ont chaque année du mal à dépasser les quarts. Qu’est-ce qui cloche ?

Jack Sock à Nice en 2014 (Crédits : Wikicommons – Dacoucou)

Article édité par Assia Hamdi

L’édition 2017 de Roland-Garros vient de s’achever. Il y a dix-huit ans, les larmes coulaient sur les joues de l’ex « Kid de Las Vegas ». Pour sa troisième finale à Paris, André Agassi remontait deux sets à 0 pour s’emparer de la coupe des Mousquetaires face à Andreï Medvedev. Depuis, aucun joueur Américain n’a remis le pied ne serait-ce qu’en quart de finale en simple porte d’Auteuil, et leurs succès sur l’ocre chez les hommes se font rares.

Six jours à Paris

Aussi drôle sur Twitter que lors de ses conférences de presse du temps ou il était sur le circuit, Andy Roddick se souvient du sentiment d’impuissance qu’il ressentait sur terre lorsqu’il jouait contre Rafael Nadal.

Malgré dix participations, le puissant Texan n’a jamais dépassé les huitièmes à la porte d’Auteuil. Cette impuissance sur terre, Roddick ne l’a pas vécue juste contre Rafa. Tous les derniers Américains semblent l’avoir aussi ressentie en foulant la brique pilée parisienne. Mardy Fish ?  Bloqué au troisième tour toute sa carrière. Donald Young ? Le troisième tour. John Isner ? Les huitièmes. Quant à Jack Sock, s’il a atteint les quarts en double, le 18e mondial est jusqu’à présent resté coincé en huitièmes en simple, depuis un match perdu contre Nadal en 2015. En 18 ans, personne n’a donc pu louer son hôtel plus d’une semaine à Paris. Même toi, Robby Ginepri.

Le double américain fait exception. En finale du double messieurs à Roland-Garros cette année, Ryan Harrison et son coéquipier, le Néo-Zélandais Michael Venus, sont venus à bout de Donald Young, natif de Chicago et du Mexicain Santiago Gonzalez. De l’oncle Sam au filet, on s’y habitue en finale à Roland. En effet, les jumeaux Bryan ont été cinq fois finalistes et ont été couronnés à deux reprises entre 2003 et 2016. Mais sans froisser personne, le double est un sport à part entière, les points vont vite même sur terre, et les gros serveurs et bons volleyeurs que sont souvent les Américains s’y plaisent. En simple aussi pourtant, il fut une époque où les Américains savaient y faire.

Quand l’US Open se jouait sur terre

La terre battue a connu son heure de gloire aux Etats-Unis. De 1974 à 1976, l’US Open était encore joué à Forest Hills, dans le Queens, et se déroulait sur terre battue. Trois éditions dont deux victoires pour Jimmy Connors, et une défaite en finale en 1975 contre ce fripon de Manuel Orantes, esthète espagnol.

Aujourd’hui, seuls 13 % des courts du territoire américain sont en terre battue. Cette statistique se ressent sur le circuit principal. Les Etats-Unis ne proposent sur terre pour les hommes que le tournoi de Houston, que la fédération américaine de tennis (USTA) a d’ailleurs vendu au country-club de la ville en 2010. Le symbole d’un désintérêt pour un tournoi qui peine à attirer de grandes vedettes. Pas mieux du côté des filles. La WTA, de son côté, a l’honneur d’un seul tournoi majeur sur terre battue sur le sol américain avec Charleston, qui propose une étonnante terre cendrée grise, la Har-tru, plus rapide que sa consœur utilisée à Paris.

A Houston, les Américains font souvent bonne figure. La terre y est plus rapide qu’à Paris, ce qui peut expliquer pourquoi Roddick, Fish, Isner, Sock et Johnson ont déjà inscrit leur nom au palmarès texan.

Passer son adolescence les pieds sur terre

Les Américains rechignent souvent à s’en aller écumer les tournois sud-américains ou européens joués sur l’ocre au printemps. En 2016, aucun représentant de la bannière étoilée n’était au tournoi de Rio (même si la concurrence de Delray Beach reste à souligner). Et cette année, aucun ne s’est présenté non plus à Barcelone. Or, le goût pour la terre vient de l’enfance.  Le joueur s’entraîne au club local ou proche, et varie rarement de surface, ce qui aide le Français, l’Espagnol ou l’Argentin à s’améliorer sur terre. Mais lorsqu’il sort du lot à l’adolescence, un tennisman doit s’aventurer sur des terrains divers et variés. C’est alors pour lui le moment d’intégrer des habitudes sur terre.

Un jeune Californien a tenté de changer la donne américaine quitte à s’expatrier. Beach boy dans le top 100 depuis décembre 2016, Jared Donaldson a passé deux ans en Argentine pour apprendre les rudiments terriens. « En Argentine, j’ai appris à frapper la balle avec de l’effet, en lui donnant une trajectoire et en développant des points plus longs (…) Je connais mieux le jeu», raconte le natif d’Irvine dans le New York Times. Les résultats ont suivi. Donaldson atteignait en 2016 la finale du Challenger de Savannah, dans l’état de Géorgie, aux États-Unis et est passé cette année de la 142e place à la 70 cette année.

Son parcours fait penser à celui de Kyle Edmund. Le Britannique s’est appuyé sur son service et son fabuleux coup droit, des atouts qui font de lui un vrai danger sur surface rapide. Edmund a cherché à multiplier les tournois sur terre battue durant sa prime jeunesse et négocie désormais la transition avec aisance. Le compatriote d’Andy Murray s’est expliqué dans L’Equipe : « Plus j’ai grandi, plus j’ai compris le jeu sur terre. Jouer des balles plus bombées, liftées, avec des trajectoires sortantes, des angles, cela bonifie mon jeu. Vous êtes souvent récompensés dans l’échange avec ce genre de frappes. »

Le salut passe par la terre

Si l’on demande à Ben Rothenberg, du New York Times pourquoi les Américains ne sont pas bons sur l’ocre, la réponse pourrait déprimer les enthousiastes. « Je pense qu’il n’y a aucun bon joueur Américain sur aucune surface actuellement. Il n’y a pas de joueurs du top 10, personne qui gagne des tournois au dessus des ATP 500. Certes, les Américains sont pires sur terre battue que sur gazon, mais ils ne sont bons vraiment nulle part actuellement. » Un constat sévère mais difficile à contrer par de récents chiffres des performances américaines masculines.

Des signes indiquent pourtant que la terre retrouve la cote chez les Américains. « Après sa victoire du premier tour à Rome, Cici Bellis disait qu’elle pensait que les nouveaux courts de l’USTA à Orlando était très proches de ceux de la capitale italienne, rappelle Ben Rothenberg. Espérons-le, ces conditions vont donc permettre un meilleur passage à la terre battue européenne pour les Américains. » Dans le cadre d’un partenariat avec les Etats-Unis, la FFT fait cette année découvrir aux jeunes Américains la terre battue européenne avec son initiative « Rendez-vous à Roland. » Et ce, sans qu’ils ne quittent leur pays. L’instance du tennis français fait gagner des invitations aux jeunes yankees pour le tableau junior à Paris. Une initiative qui peut donner le goût de l’ocre aux plus jeunes.

La prise de conscience de Jared Donaldson sur l’importance que peut revêtir le jeu sur terre pour devenir meilleur partout est encourageante. « Les meilleurs vont, je pense, rencontrer du succès sur terre battue in fine, comme cela a récemment été le cas de Frances Tiafoe (victoire au tournoi de Sarrasota, NDLR). Jack Sock peut également y parvenir », parie Ben Rothenberg. 

Le Californien Jared Donaldson, en extension pour Roland Garros Junior en 2015. Crédits : Flickr/NSA

Les meilleurs sont ceux qui sont capables de saisir que pour prétendre au sommet, on ne peut se contenter du GreenSet, du Decoturf, ou du Rebound Ace, mais que la terre pour ceux qui s’y aventurent ne peut que faire grandir les joueurs et les rendre plus complets.

En 1999, le roi de Roland-Garros s’appelait Andre. Il était Américain, il venait du Nevada et il complétait son Grand Chelem en carrière sur chaque surface.