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L’art de soigner son passage sur terre battue

Les chevilles encore endolories des chocs sur le béton, les joueurs prennent l’avion pour des destinations, souvent côtières : Valence, Monte Carlo, Barcelone, Rio, toutes jouées sur brique pilée. Pour y rencontrer le succès, ils doivent faire évoluer leurs corps et leurs atouts raquette en main afin d’adopter une manière de jouer bien différente.

Rafael Nadal à Roland-Garros en 2016 (Crédits Beth Wilson – Flickr)

Il y a les amoureux de la brique et il y a les autres. Avec son début d’année en fanfare, Roger Federer se permet de faire l’impasse sur l’ocre avant Roland-Garros. Mais d’autres se réjouissent le printemps venu et savent prendre en douceur le virage de la terre battue.

Une question d’équilibre

Avant de reprendre les automatismes ou d’apprivoiser la surface, il faut préparer son corps. Dans Le Temps, Magnus Norman, ancien finaliste de Roland Garros et coach de Stanislas Wawrinka, évoque les dangers de la transition. « À chaque changement de surface, explique l’entraîneur, il y a un risque accru de blessure. Mais il est plus élevé lorsque l’on passe du dur à la terre – en raison des glissades – et de la terre au gazon parce que, si l’herbe est mouillée, ça devient glissant ».

Sans être en désaccord avec les propos du Suédois, Lucas Martinez, kinésithérapeute sportif, explique à Lignes de Fond.fr que la terre est plus confortable pour les articulations : « Les anciens joueurs professionnels qui ont passé la majeure partie de leur carrière sur terre battue présentent moins de lésions musculo-articulaires ou de lésions dégénératives au niveau des genoux par rapport aux joueurs ayant privilégié la surface dure ». Lucas Martinez ajoute que « 3 % des matchs sur surfaces dures provoquent une blessure, contre 0,9 % pour la terre battue ».

Dans une série de conseils parus dans l’Équipe, l’accent est mis par le journaliste Vincent Marchetti sur l’importance d’avoir un pied fort et réactif lorsque l’on joue sur terre, en raison des glissades et des contre-pieds. Et pour travailler ce pied, il faut rechercher l’équilibre grâce à la proprioception. Derrière ce mot compliqué se cache la capacité du sportif de connaître sa position dans l’environnement grâce à des capteurs situés à l’intérieur des muscles, des tendons et des articulations, et qui permettent d’équilibrer le corps.

L’entraîneur cherchera donc à travailler l’équilibre de son joueur pour que les muscles stabilisateurs se renforcent, notamment grâce au gainage. On vous connaît à Lignes de Fond, amoureux de compils judicieusement montées avec une musique épique. Éteignez le son, oubliez ainsi Orlando Bloom et ses cheveux salés, et observez comme à chaque fois, Nadal trouve la stabilité dans des positions impossibles.

À l’école de la patience

Sur terre, on utilise plutôt le service kické, qui rebondit haut, et la vitesse de la balle donne au receveur des secondes supplémentaires pour reculer. Dans le journal La Croix, après une première rencontre sur terre de la saison dernière, Monfils explique le long apprentissage de la transition. « Au début j’avais mes réflexes de dur. Je n’avais pas vraiment les trajectoires de la terre battue. Ensuite, j’ai trouvé mes repères sur le terrain, j’ai reculé un peu sur les retours et j’ai bombé un peu plus les balles. » Usant de la stratégie qu’il développe ici, il avait menacé longtemps Nadal à Monte Carlo l’an dernier en jouant la surenchère du lift et en variant les effets, une autre clef sur terre.

Dans la tête aussi, la terre pousse à s’adapter. Psychologiquement, le changement oblige à revenir aux fondamentaux, et à prendre son temps. Ancien tennisman devenu avocat, Charles-Antoine Brézac tenait un blog sur Rue89 en 2012. Il évoquait la frustration de l’aficionado du jeu sur dur quand vient l’heure de la terre. « Je me sens tout le temps en position défensive et en danger sur terre. J’ai le sentiment que, face à un spécialiste de terre battue, j’aurai du mal à gagner le bras de fer du fond du court et j’ai tendance à forcer…et à rater. »

Les adeptes d’un jeu à plat à la Tsonga doivent donc prendre leur mal en patience et penser d’abord à la tactique. En 2014, Patrice Dominguez analysait ainsi sur France Info le rapport du Manceau à cette surface : « Il doit être simple, et être moins ambitieux sur son premier coup, pour d’abord faire reculer son adversaire. Il doit avoir un esprit de conquête mesurée ».

Du dur à la terre, l’accro des surfaces rapides doit en somme faire sa révolution tranquille, sans dénaturer son jeu.