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Open d’Australie : comment les joueurs de tennis s’adaptent à la canicule

A Melbourne, à Flushing Meadows ou à Paris, les fortes chaleurs peuvent incommoder les joueurs. Quelles conséquences sur le jeu ? Comment s’en prémunir ? Cyril Schmit, doctorant de l’INSEP spécialiste du sujet, nous apporte ses lumières.

Crédits : Flickr CC - Brett Marlow

Crédits : Flickr CC – Brett Marlow

Tous les ans à Melbourne, c’est la même rengaine : certains joueurs souffrent de la chaleur, jouent mal, vacillent et viennent râler en conférence de presse. Lors de l’Open d’Australie 2016, l’organisation a même interrompu les qualifications pendant quelques heures, le thermomètre ayant atteint les 41,3 degrés. Plus largement, depuis 1998, tous les tournois du Grand Chelem peuvent suspendre les matchs en extérieur lorsque les 40°C sont dépassés. Mais aussi quand l’indice de température ressentie, qui prend en compte les effets de l’humidité, de la chaleur et du rayonnement solaire, excède les 32,5. Quels sont les effets de la canicule sur le jeu ? Certains gabarits sont-ils favorisés par ces conditions extrêmes ? Peut-on améliorer sa résistance à la chaleur ? Pour répondre à ces questions, Lignes de Fond a fait appel à CyrIl Schmit, doctorant à l’INSEP. Ce chercheur a notamment pour mission d’améliorer la préparation des athlètes français à la touffeur humide des JO 2016 de Rio.

Comment peut-on se protéger de la chaleur ?

La météo chaude favorise les activités « explosives » mais pénalise les sports d’endurance. Par conséquent, plus une activité est longue, plus la chaleur ambiante s’ajoute à la chaleur corporelle et plus le sportif souffre des effets de cette accumulation. Cette chute de performance survient après dix minutes d’effort et ne fait qu’empirer. Pour limiter cette chute, il faut refroidir la peau et réduire la température interne à l’aide de serviettes froides, de packs de glace et de boissons fraîches. L’athlète doit aussi gérer intelligemment ses temps forts et ses temps faibles et s’habiller avec des vêtements respirants, légers et assez amples. A moyen terme, le sportif peut anticiper sa compétition en tentant de s’acclimater progressivement.

Peut-on vraiment s’y acclimater ?

Oui. Le but, c’est d’apprendre à mieux évacuer la chaleur. Il faut s’entraîner -idéalement une fois par jour- pendant une heure à des intensités modérées. Comme cela, le corps apprendra à transpirer davantage pour moins subir l’effet « cocotte-minute » qui l’oblige à réduire son intensité d’exercice. Une acclimatation est partielle en quatre jours et complète entre 12 et 14 jours.

Les petits gabarits sont-ils avantagés par rapport aux grands gabarits ?

C’est une question de composition de masse corporelle plus que de poids, car le muscle dégage beaucoup de chaleur. En effet, sur 100% d’énergie utilisée, seulement 20% sont employés par le muscle pour produire le mouvement. Les 80% restants sont dissipés sous forme de chaleur. Ensuite, la quantité de masse grasse est essentielle puisque la couche adipeuse freine la dissipation de la chaleur interne. Etre musclé modérément et peu gras est une force quand il fait très chaud.

Les fortes chaleurs peuvent-elles favoriser les joueurs de fond de court réguliers et « coureurs » au détriment des joueurs puissants mais moins mobiles ?

C’est l’inverse. Plus le coureur est en déplacement, plus ses muscles produisent de la chaleur. Cela veut dire qu’il atteint plus vite son “seuil critique de pénibilité” qu’un joueur moins mobile. Mais après une heure de jeu sous une forte chaleur, les deux adversaires souffriront de la canicule. La capacité à lutter dépend alors des stratégies mises en place. D’un point de vue comportemental -hydratation, repos à l’ombre, changement de maillot, entre autre- mais aussi d’un point de vue cognitif. On pense notamment à la capacité à rester concentré et à redéfinir son plan de jeu en dépit de la fatigue.

L’origine ethnique et géographique du joueur peut-elle jouer sur sa capacité à résister à la chaleur ou à la déshydratation ?

Pour toute performance, la génétique joue un rôle. Mais la capacité d’adaptation de l’organisme autorise des joueurs peu à l’aise dans la touffeur à compenser leur faiblesse. Par exemple, un athlète parisien visant un tournoi en Australie peut avancer son arrivée pour se préparer au stress thermique.

Et quel est le rôle du psychologique face à la canicule ? Y’a-t-il un intérêt à une préparation mentale spécifique ?

Pour commencer, le sportif doit connaître ses propres limites. Les séances évoquées plus tôt dans cette discussion permettent d’accepter ses limites mais aussi de les sublimer. Cette phase de “repérage” est essentielle. Ensuite, il peut être intéressant pour l’athlète de suivre des ateliers techniques -qui nécessitent une forte concentration- en pleine chaleur.  Sous forme par exemple d’un travail intellectuel à accomplir en même temps qu’une séance de vélo ou juste après une grosse séance physique. L’objectif, ici, c’est de différer son usure mentale. Enfin, ne perdons pas de vue que le tennis reste un sportif individuel. Face à lui-même sur le court, le joueur doit accepter les conséquences de la canicule -plus d’erreurs, temps de réaction allongés, sentiments de faiblesse et de culpabilité- sans se frustrer. Ce gain de lucidité peut faire la différence…

Comme les efforts explosifs sont favorisés par la chaleur, certains joueurs pourraient être tentés de frapper plus fort, de raccourcir les échanges et de monter davantage au filet.

Quand il fait chaud, on gagne en explosivité car la vitesse de contraction musculaire augmente. Cela vaut pour un 100 mètres en athlétisme, un lancer de javelot voire un saut. Mais quand les mouvements rapides se répètent -comme au tennis ou dans les sports collectifs- le déclin du système nerveux dû à la chaleur prend le dessus sur l’augmentation de l’explosivité. Les bénéfices liés à la chaleur ne sont donc que temporaires ! Toutefois, en début de match, le tennisman doué dans le jeu vers l’avant peut avoir intérêt à prendre le filet ou à agresser son adversaire. Car sa réactivité et sa vivacité seront plus importantes dans un premier temps. Mais il faudra gérer intelligemment l’arrivée de la fatigue et éviter la surchauffe…