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Alors, Bercy sauce AccorHotels Arena, c’est comment ?

Amateur de tennis, je viens de connaître ma première journée comme journaliste à Bercy, lors du BNP Paribas Masters de Paris. Des vieilles tribunes rouges de 2014 au central futuriste de 2015, autopsie d’une nouvelle rencontre.

Crédits : Pierre Laurent

Crédits : Pierre Laurent

A Bercy, je me suis toujours cru dans Terminator, un film prophétique qui me fascine depuis gamin. Ses coursives au lino criard, ses néons années 80, sa musique dansante, sa salle sombre où les sièges rouges émergent des ténèbres…Vous aussi, vous pensez au Tech’Noir, la boîte de nuit où le robot joué par Schwarzenegger tente d’abattre Sarah Connor, la future mère du héros de la Résistance ?

Depuis ma première entrée en 2011, le POPB, c’est mon Tech’Noir étrange et intime. Une caisse de résonance musicale à 160 BPM, un rendez-vous annuel, des moments partagés avec mes proches… Bref, une respiration bienvenue dans mon quotidien usant de journaliste précaire, de piges en CDD, du chômage au cumul des mandats. En 2014, ma venue était particulière. Depuis l’annonce des travaux de rénovation du POPB, qui en avait bien besoin après 30 ans d’une vie intense, je savais que c’était la dernière fois que je le voyais sous sa forme rétro-futuriste. Tel un ersatz parisien d’une époque révolue. Un dernier regard sur la salle qui se vide, mes derniers pas dans les escaliers décrépis du hall principal… Le POPB allait forcément être bouleversé en 2015. Plus beau, plus neuf, plus “connecté”, plus confortable… Mais j’étais loin d’imaginer que je reviendrais comme journaliste l’année suivante. A fortiori par le petit hall médias, me promenant sous les travées tubulaires d’un central gris (!) pas encore fini à 24h du début du tournoi principal…

Un drôle de retour dans… l’Accor Hôtels Arena

Mais revenons d’abord au début. Tout content d’apprendre que Lignes de Fond couvrira le BNPPM, j’arrive le vendredi 30 pour récupérer mon accréditation. Étonnamment, les abords du stade sont encore en travaux et les bâtiments de chantier jouxtent toujours Bercy alors que les qualifications ont déjà débuté. Puis l’entrée principale se dévoile, au détour d’échafaudages et de grilles provisoires un peu bancales. Vitrée, ouverte, boisée, élégante, surplombée d’un gigantesque “Accor Hotels Arena” dont les caractères en capitales se détachent nettement dans cette nuit parisienne. Si le reste est à l’avenant, mon Bercy a drôlement muté en douze mois… Le hall médias me fait la même impression : écrans plats lounge, vigiles corporate tirés à quatre épingles, murs gris et sobres dignes d’une classe affaires. Je dois me faire raison, Bercy est devenu moderne. Pourvu que son nouveau cœur ne ressemble pas à la majorité des stades sortis de terre en Europe ces dernières années ! Certes élégants, confortables et bien pensés mais tellement interchangeables.

La réponse tombe dimanche, jour de Toussaint et du dernier tour des qualifications. La journée commence mal car l’organisation n’est pas encore au point. Souhaitant rejoindre les courts n°1 et n°2, on me conseille d’abord de passer par l’entrée de la patinoire, qui accueille le match entre Paul-Henri Mathieu et Dusan Lajovic. On m’y refoule sans chaleur car ce hall mène à la zone joueurs, où je ne peux pas accéder avec mon accréditation de média web. Un peu agacé, j’insiste puis on me dirige vers le chef de la sécurité. Speed mais bienveillant, il m’amène vers le “Studio” – qu’on me présentait vendredi comme réservé aux seules radio et télé -, à partir duquel je peux accéder aux courts des sous-sols. Mathieu et Lajovic sur le numéro 1, Rosol et Gabashvili sur le numéro 2 : le spectacle est agréable et mérite des tweets enthousiastes. Pourtant, ces terrains annexes déçoivent : l’éclairage est brutal et la ventilation produit un bourdonnement assez usant. Cela n’a pas changé depuis 2014. Mais en sortant du court, je suis “déçu en bien”, comme disent les Suisses. L’escalier qui permet de rejoindre l’allée intérieure est toujours recouvert du lino rouge, kitsch et un peu crado du bon vieux central. Un clin d’œil provisoire qui suggère que les ouvriers ont dû cravacher ces derniers mois… Le fruit de leur labeur saute aux yeux dès l’arrivée dans la coursive. Gris clair, lumineuse, habillée de bois, elle dégage de l’élégance, du cachet et une once de froideur bourgeoise. Certes, c’est joli, mais mon souvenir s’effondre : je ne suis plus dans Terminator aux côtés de Kyle Reese. J’ai plutôt l’impression d’évoluer dans la salle business d’un hôtel quatre étoiles… Seuls quelques néons colorés subsistent, isolés et un peu tristes, sur la devanture des snack bars. Reste à découvrir le cœur du complexe, son central, ainsi que les salles dédiées aux médias.

Accor Hôtels Arena : un central toujours en travaux, un bel outil

Retournant vers l’entrée médias, je franchis cette fois les portes qui me séparaient vendredi de l’antre de la bête. Sur ma droite, la salle de presse, où des journalistes suivent la finale du Masters féminin. D’autres confrères tweetent ou ronchonnent mollement à l’annonce du report des conférences de presse de Novak Djokovic et Andy Murray. Des tables fonctionnelles, des casiers banals, des écrans plats permettant de suivre les scores et le central, un frigo avec des bouteilles d’eau gratuites. Puis, sur ma gauche, une trentaine de sièges rouges dignes des années 80 – ironique, non ? – devant le pupitre à micros où les joueurs viennent se confier à la presse du monde entier. Pour tuer le temps, cap sur le central, qui m’attire mais que je crains, bizarrement, de découvrir… La peur du changement ? Et là, c’est le choc. Agrandi, immense, aérien, lumineux : je ne suis plus dans Terminator, je navigue entre l’esthétique froide de 2001 et le futurisme de Minority Report. Je craignais une trahison de l’ancien Bercy ? J’assiste à son renouveau. Dans cette mer de sièges gris à accoudoirs, seul le son mat des coups des joueurs rythme mes pas. Je me surprends à rêvasser… jusqu’au moment où un bruit familier me sort de ma douce torpeur. Le boucan aigu d’une perceuse sans fil en action. Sous mes yeux, aveugles jusque-là, quelques ouvriers visiblement italiens installent les sièges manquants en bordure du court. D’autres collent de la moquette un peu partout et une fine poussière de chantier subsiste au dos du siège qui est devant moi. A 20 mètres, Guy Forget est debout, penché sur son téléphone. Puis il échange quelques mots avec Gael Monfils qui, cinq minutes avant, bataillait encore sur le central contre Pierre-Hugues Herbert. Place au spectacle, la foule jugera.