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Quand la mode vintage du fluo donne du relief au tennis

Par l’imagination fertile de leurs équipementiers, de nombreux joueurs portent désormais des tenues fluo. Mais pourquoi ce choix de se transformer en avertisseur humain ?

Stanislas Wawrinka, en 2012- Crédits : Creative Commons -mirsasha

Stanislas Wawrinka, en 2012- Crédits : Creative Commons -mirsasha

Wimbledon impose toujours aux joueurs de miser sur le blanc lors de son tournoi. Les autres tournois du Grand Chelem, eux, laissent libre court à la palette complète des couleurs. Depuis deux ans, il est difficile de regarder un match sans être ébloui par la tenue des joueurs.

There is danger in too much neon

L’un des arguments évoqués par le New York Times, qui s’est penché sur la question, c’est que l’on “peut voir le joueur, à peu près où qu’il ou elle soit, même dans un stade géant”. 

Accordons leur donc cela. Mais le quotidien new-yorkais ne voit pas d’autre avantage : “Tout ce néon a pris une telle importance que cela éclipse la personne qui porte ces vêtements (…). Ils deviennent des corps anonymes dans des vêtements brillants “.

De ce constat, le quotidien américain tire une leçon : « There is danger in too much neon », que l’on pourrait traduire par un audacieux « trop de néon tue le néon ».

Retour vers le futur

Lors de l’US Open 2016, Nike est en tête sur le banc des accusés avec notamment Tomic, et son combo détonnant t-shirt-chaussettes jaune fluo. Chez Adidas, à Flushing Meadows, Lucas Pouille et son short rose fuchsia et Jo-Wilfried et son polo « Barricade » couleur saumon électrique. La marque à la virgule met un point d’honneur à équiper ses vedettes aux couleurs les plus criardes du spectre des couleurs visibles.

Les premiers doutes avaient été émis en 2015, au regard, entre autres, d’un ensemble porté par Thanasi Kokkinakis qu’il était difficile de fixer en gros plan. Il s’agissait d’un dégradé jaune et rose fluo se mélangeant joyeusement dans une farandole de points au niveau du short. Les raisons exprimées en 2015 par l’équipementier étaient artistiques. Selon des propos rapportés par Eurosport à ce moment là, l’Australien s’était « inspiré des rues de Melbourne » .

Pour Serge Carrier, professeur à l’école supérieure de mode de Montréal, il ne s’agirait que d’une mode passagère. “Selon moi, c’est un retour normal à une mode d’il y a une quarantaine d’années. Le monde est un peu morose ces temps-ci. On veut des couleurs vives (…).”  Le fluo à outrance serait à considérer dans un retour des années 80. “On y revient. On voit d’ailleurs revenir le pied-de-poule dans le veston pour homme, les chemises aux couleurs fortes chez les homme, le ‘jumpsuit’ (ensemble pantalon chez la femme) ». Un retour qui devrait durer selon lui encore “un été ou deux”.

André Agassi, à l’US Open 1990. Crédits : Thomas. E. Franklin

Le cas Stan Wawrinka

Dans le même genre d’attentat oculaire que celui de l’Australien Kokkinakis, Stan Wawrinka avait été transformé en Reptincel par son équipementier Yonex, celui avec lequel il avait remporté Roland-Garros. Le quotidien helvète Le Temps l’avait même rebaptisé “ le boss en Stabilo« .

Stéphane Boivin, consultant en mode et tendances, estimait alors dans le quotidien suisse que la tenue de Stan était “ extra et très réussie “(…) avec ses tenues (…) assez camping, et que le joueur semble dire “je ne suis pas comme les autres “. C’est sa manière d’avoir un pied en dehors du système”. Et ainsi de s’échapper de l’emprise de l’autre Suisse, qui incarne l’élégance. C’était un peu “le clown et l’auguste (…) », selon Stéphane Boivin. « Dans le rôle du maître de cérémonie, toujours impeccable, Roger Federer. Dans celui du clown provocant, criard, bariolé : Stan Wawrinka”, ajoute Marie-Claude Martin, journaliste au Temps.

Se démarquer, encore et encore. Et dans l’histoire de la mode, la sobriété et l’extravagance n’ont cessé de se croiser. Auteur du livre Les Couleurs de nos souvenirs (chez Seuil), Michel Pastoureau expliquait dans l’Express qu’au Moyen-Age, après la grande peste, « la classe noble a fait preuve d’une excentricité vestimentaire stupéfiante, notamment par l’usage de chaussures pointues et de couleurs très vives, ce qui choqua infiniment les moralistes« . Le fluo nous choque encore aujourd’hui. Sera-t-il devenu banal d’ici peu ?