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Quarante ans après, l’Australie cherche toujours son nouveau Mark Edmondson

Rangé malgré lui aux oubliettes de la petite balle jaune, Mark Edmondson est le dernier vainqueur Australien de son Grand Chelem, en 1976. Quarante ans de disette, qui peuvent s’expliquer par la « mondialisation » du Tennis et le statut particulier du tournoi australien de l’époque.

La Rod Laver Arena en 2013 - CC Steve Collis

La Rod Laver Arena en 2013 – CC Steve Collis

Trivial Pursuit édition Genius 1976. A la question « quel est le dernier Australien vainqueur à Melbourne ? » vous entendrez certainement ces réponses : Rod Laver, John Newcombe, Roy Emerson, Ken Rosewall ou même Tony Roche. Perdu. En effet, le 4 janvier 1976, un jeune garçon de 22 ans, modeste 212ème joueur mondial, battait successivement Rosewall et Newcombe pour soulever son seul tournoi du Grand Chelem en simple, à domicile. Ce jeune homme, Mark Edmondson, réalisait alors la plus grande performance de sa carrière en simple.

Un tournoi boudé

Aujourd’hui, il semble impossible de rééditer un tel exploit. Il convient pourtant de s’attarder sur le contexte de l’Open d’Australie de l’époque. A cette période, le tournoi ne bénéficie pas du plateau de renommée internationale de ses Grand Chelem concurrents. La raison ? L’éloignement géographique. Henri Cochet par exemple, un des fameux Mousquetaires des années 1920, ne pouvait se permettre un voyage de trois mois en bateau et laisser son petit magasin de sport, comme le racontent Fabrice Abgrall et François Thomazeau dans « La Saga des Mousquetaires ». Le Lyonnais s’attachait à disputer les Internationaux de France ainsi que Wimbledon et faisait volontiers la traversée de l’Atlantique pour essayer de ramener la Coupe Davis à Paris. Cependant, sa situation financière n’étant pas assurée, il préférait tirer un trait sur la saison hivernale pour vendre ses équipements de hockey sur gazon, sport alors très en vogue. Le passage à l’ère Open permit d’attirer quelques têtes d’affiche dans les années 1970. Les Jimmy Connors et Arthur Ashe sont ainsi venus s’imposer à Melbourne. D’autres, comme Ilie Nastase ou Björn Borg ne vinrent qu’une seule fois en Australie. Le tournoi reste donc en retrait, par manque d’intérêt sportif et financier. A tel point qu’en 1982, Johan Kriek « seulement » 12ème mondial, est le meilleur joueur classé participant au tournoi.

C’est véritablement en 1983 que le tournoi change de dimension. La finale de la Coupe Davis voit s’opposer l’Australie à la Suède, qui se disputera juste après l’Open d’Australie, sur les mêmes courts du stade de Kooyong. Vainqueur de Roland-Garros l’année précédente et finaliste cette année-là, Mats Wilander, peu à l’aise sur le gazon aussie, participe au Grand Chelem afin de prendre ses marques pour son objectif principal de cette fin de saison : soulever le saladier d’argent. Les meilleurs lui emboîtent le pas, comme John McEnroe et Ivan Lendl. Mats Wilander remportera le tournoi mais s’inclinera 3-2 en finale de Coupe Davis… face à l’Australie de Mark Edmondson, qui apportera le point du double. Car l’Australien, joueur ayant rapidement atteint ses limites en simple, fit une superbe carrière en double : il totalisera 34 titres dans cette spécialité, dont cinq tournois du Grand Chelem.

Quarante ans sans successeur, et pourtant

Si John Marks, en 1978, et Kim Warwick, en 1980, échouèrent en finale de l’Open d’Australie, Pat Cash lui aussi défait en finale 1987, arrivait parmi les favoris lors de l’édition 1988. Septième joueur mondial et spécialiste de gazon, ce dernier nourrissait en lui tous les espoirs de l’Australie. Malheureusement, le vainqueur de Wimbledon passait à deux points du titre face à… Mats Wilander, et s’inclinait cruellement 8-6 au 5ème set. Le serveur-volleyeur au bandeau restera marqué par cette défaite, et terminera la saison à la vingtième place mondiale avec une sévère élimination par Becker à Wimbledon. Cash et ne retrouvera plus jamais son meilleur niveau, la faute à de nombreuses blessures.

  • Entretien entre Lleyton Hewitt et Pat Cash pour l’émission « Open Court de notre partenaire CNN International

Le tennis australien continuait de former de grands champions, comme Mark Philippoussis et Patrick Rafter. S’ils ne parvinrent pas à se hisser en finale de leur Grand Chelem, ces deux joueurs ont atteint les finales de Wimbledon et de l’US Open, avec un titre pour Rafter. Les Wallabies se remettaient donc à croire au successeur imminent de Mark Edmondson. Il fallait maintenant qu’un Australien brille à la maison.

Lleyton Hewitt a été celui-là. L’Australien portait les espoirs de tout un peuple au tournant des années 2000. Lui qui vient de tirer sa révérence au cours de cet Open d’Australie 2016 fut numéro un mondial en 2001 après son titre à l’US Open. Vainqueur à Wimbledon l’année suivante, il ne réussissait pas à Melbourne jusqu’à cette légendaire édition 2005 où il passa tout près de l’élimination à plusieurs reprises : vainqueur du jeune Rafael Nadal alors qu’il est mené deux manches à une, puis de David Nalbandian à l’arrachée, 10-8 au 5ème set. Mais en finale, le rêve dura un set, quand Marat Safin se réveilla pour détruire le conte de fées australien.

Si aujourd’hui Bernard Tomic, Nick Kyrgios et Thanasi Kokkinakis assurent la relève australienne, il est difficile d’imaginer qu’un de ces trois excellents joueurs puisse soulever la Norman Brookes Challenge Cup au détriment de Djokovic, Murray, Federer, Wawrinka et autres.

Stéphane
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