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Les 1000 victoires de Daniel Nestor : s’il ne devait en rester que cinq

Spécialiste du double, le Canadien Daniel Nestor vient de passer la barre des 1000 victoires sur le circuit. Le succès de ce Benjamin Button du tennis mondial semble quelquefois trop confidentiel. Pourtant, il a édifié ce chiffre mastodonte à coup de victoires majeures sur le terrain de double, sa deuxième maison.

Crédits : CC Steven Pisano

Crédits : CC Steven Pisano

Ca y est, il y est. Après plusieurs mois d’attente et d’occasions ratées, le Canadien Daniel Nestor atteint enfin la barre des 1000 victoires ATP. Avec sa victoire en double aux côtés du Brésilien Marcelo Melo à Sydney contre la paire Paes/Chardy (6-4 6-4), Daniel Nestor est le premier joueur de double à remporter autant de matches sur le circuit ATP. Dans l’ère Open, seuls Jimmy Connors, Ivan Lendl et Roger Federer (en simple, ndlr), ont remporté au moins 1000 rencontres. Parmi les 1000 victoires du Canadien d’origine serbe de 43 ans, certaines sont plus marquantes que d’autres. Nous en avons sélectionné cinq…avec un petit bonus à la fin de l’article.

1) Sa victoire aux JO de Sydney 2000

Si le filet attire Daniel Nestor, il ne recule pas non plus devant l’adversité. En 2000, alors que 9000 australiens acclament ses Woodies, Mark Woodforde and Todd Woodbridge, favoris et vainqueur des Olympiades précédentes, Daniel Nestor et Sébastien Lareau, semblent bien mal embarqués dans la finale.

Le duo australien, qui faisait des merveilles grâce à la patte gauche de Woodforde et les réflexes de Woodbridge, s’empare sans surprise de la première manche. Mais Lareau règle sa mire au service et le duo canadien, malgré une petite frayeur dans le dernier tie-break, s’impose 5-7, 6-3, 6-4, 7-6 (7-2) et inscrit pour la première fois le Canada dans le palmarès du tennis olympique.

Cette victoire, il la cite volontairement avant toutes les autres, comme lors d’un récent entretien pour la chaîne CBC, réseau public canadien. « It was more than about tennis, it was doing something for your country ». Un patriotisme qui ne s’est pas démenti, pour celui qui représente depuis 23 ans la nation de l’Erable.

2) En 1992, il fait tomber Stefan Edberg

Pour sa première année sur le circuit professionnel, le jeune Daniel Nestor, classé 237e, fait sensation lors de la Coupe Davis. Il remporte un match contre le suédois Stefan Edberg, numéro un mondial de l’époque. Sur de la moquette intérieure alors encore acceptée sur le circuit ATP, il parvient à remonter un déficit d’une manche pour clore le tout sous les exclamations d’un public de Vancouver surpris par les montées à tout-va du jeune canadien. Dans une fin de rencontre explosive, il fait même dérailler Edberg, courroucé comme jamais. Ému, au milieu de coupes mulet d’un autre temps, le Canadien s’exclame après-match : « Rien ne pouvait m’arrêter »(2). L’un de ses rares exploits en simple (victoires sur Rios, sur Rafter, entre autres), puisqu’une épaule douloureuse l’amena par la suite à se concentrer sur le double.

3) Wimbledon 2007, une victoire de stratège

En 2007, son couple sur le court avec Mark Knowles, a fait long feu et Nestor le lui fait savoir. Une séparation difficile, amère pour le Bahaméen Knowles, qui, lui, souhaitait poursuivre l’aventure, d’autant plus qu’après lui avoir signifié sa décision, Nestor gagne Roland-Garros avec son compère. Même s’ils gagnaient, ils ne se parlaient plus.

« C’est une des situations les plus difficiles que j’ai vécu », expliquait-il après cette victoire. Malgré les regrets, Nestor pense qu’il est nécessaire de s’adapter à l’évolution du sport, en recherchant un gain de puissance, pour concurrencer ainsi les frères Bryan, à la force et aux « chest bumps » impressionnants. Il déclare alors que pour lui, « le futur serait meilleur avec Zimonjic » et fait appel peu après au Serbe.

Originaire de Belgrade comme Nestor, Zimonjic est une force brute moins mobile que son ex-coéquipier. Cette alliance de raison les amène en 2008 à remporter le graal pour Nestor, un sacre sur le gazon du All England Club, contre Björkman et Ulyett. L’année suivante, le choix du Canadien s’avère à nouveau le bon, puisqu’associé au Serbe, il défait les frères Bryan. Cette victoire conserve un goût unique pour lui qui, plein d’envie, regardait Wimbledon au petit déjeuner, quand il était enfant.

4) En 2002, il brise le rêve de Llodra et Santoro

Alors que la Rod Laver Arena est encore bouillante de la finale féminine qui vient de se jouer entre Jennifer Capriati et Martina Hingis, Daniel Nestor et Mark Knowles affrontent la paire française Mickaël Llodra et Fabrice Santoro. La première manche, décidée au tie-break, met à mal les nerfs du plus jeune Français, qui rate un smash décisif. Nestor est impérial au service et insiste sur Llodra, en manque de confiance. La paire Nestor-Knowles étouffe les Frenchies en deuxième manche et conclut en 1h17 sa première victoire en Grand Chelem. Les Français auront leur revanche l’année suivante, au même stade de la compétition.

5) Wimbledon 2013, Nestor varie les plaisirs 

De 21 ans sa cadette, Kristina Mladenovic et son service supersonique apparaît comme la partenaire idéal pour renouer avec le succès en double mixte, qu’il n’a pas connu depuis 2011 en Grand Chelem. Étouffés par l’alchimie entre Lucie Hradeckà et František Čermák en finale porte d’Auteuil, ils parviennent le mois suivant à remporter leur premier titre ensemble, à l’issue de la quinzaine londonienne, contre les têtes de série numéro 1, Bruno Soares et Lisa Raymond.

Après un premier set hésitant, le bras gauche du grand Canadien produit des balles virevoltantes sur deuxième balle. Et tandis que sa partenaire sert le plomb de son côté, il développe des volées d’interception étonnantes, anticipant avec flegme les trajectoires adverses. « Je suis plutôt lent donc j’aime jouer avec des filles qui tapent fort. (…) elle va devenir une des meilleures joueuses en simple, donc, je l’ai trouvé au bon moment, déclare-t-il goguenard. Après Wimbledon 2015, elle lui indique qu’elle souhaite cesser le double mixte, cela aussi, Daniel Nestor l’avait prévu.

….sa future médaille d’or à Rio ?

32 doublettes seront admises aux Jeux Olympiques à l’été 2016, dont 24 sur les bases de classement du 6 juin 2016. Les huit places restantes seront désignées par la Fédération internationale de tennis. Certes, la route est longue jusqu’à cet été brésilien. Mais on peut penser que le classement ou l’aura qui l’accompagne sauront lui ouvrir les portes de son dernier objectif : une médaille d’or au pied du Corcovado, avec son compatriote Vasek Pospisil, par exemple. Avec une médaille olympique déjà en poche et ses 1000 victoires acquises, on ne sait qui pourrait coiffer au poteau l’éternel adolescent dans l’esprit de la Fédération.

D’ici là, l’objectif qui l’a souvent accompagné en double et abandonné lors de sa première vie de joueur de simple, c’est de rester en forme. Interrogé l’été dernier par le journal montréalais La Presse, il s’exprimait en ces termes : « On verra ce qui arrivera à Rio. J’ai un bon partenaire et je sais qu’il sera prêt à jouer. Ce sera à moi aussi de l’être ! » (5). Et si les jambes de Vasek Pospisil, souvent perclues de crampes, venaient à faillir à l’approche de la grand messe olympique, Daniel Nestor trouvera quelqu’un d’autre. Comme le disait son ex-partenaire Zimonjic, au le Globe and Mail, dans un long portrait consacré à Nestor : « C’est toujours Daniel Nestor… et un partenaire ». Pour les esthètes, cela ne fait en effet aucun doute.