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Grégory Gaultier : « Un jour, j’ai joué avec Stefan Edberg »

DANS LE COULOIR – Tout récent champion du monde de squash, Grégory Gaultier se livre pour Lignes de Fond sur la vision de son sport, mais également sur ses connaissances tennistiques et son amour du jeu de raquettes.

Grégory Gaultier champion du monde de squash 2015

Crédits : Steve Cubbins

A genoux et en pleurs. Le 23 Novembre 2015, Grégory Gaultier devient champion du monde de squash, « le plus beau titre que l’on puisse rêver d’avoir » selon lui. Après quatre échecs en autant de finales, celui qui est surnommé le « French General » est donc sur le toit du monde. Rencontre avec un passionné de sport de raquettes dans un squash en pleine mutation. L’Aixois aborde les similitudes entre sa discipline et le tennis ainsi que leurs différences majeures. Passionné de petite balle jaune, il puise ses inspirations des plus grands du sport.

Tu as remporté trois fois l’US Open. Au tennis, depuis Henri Cochet en 1928, aucun Français n’a gagné le tournoi. Pourquoi les français réussissent-ils au squash et butent au tennis ? Parce que Djokovic est trop fort ?

Il ne faut pas dire qu’au tennis les français ne réussissent pas. La preuve, certains ont un très beau palmarès. Pour être numéro un, ça se joue à des détails près. Djokovic est sûrement quelqu’un qui soigne méticuleusement toutes les phases de sa préparation. Tout ce qu’il fait en dehors du terrain lui permet d’optimiser un maximum sa performance. Croyez-moi, cela représente beaucoup de travail et d’abnégation. J’essaye de m’appliquer à le faire au quotidien et, pour cela, je ne compte plus les heures de travail.

La PSA (Professional Squash Association) et l’ATP (association des joueurs de tennis professionnels) fonctionnent-elles de la même manière pour l’organisation des tournois ? Y-a-t-il un circuit PSA à proprement parler ? Avec, comme au tennis, des tournois du Grand Chelem ?

La PSA est l’association qui s’occupe d’organiser le tour, mais aujourd’hui ce n’est pas aussi carré qu’au tennis. Par exemple, on voyage beaucoup trop d’un continent à l’autre, alors qu’au tennis il y a une vraie tournée américaine, une tournée asiatique, la saison de terre-battue en Europe. Depuis le mois de septembre, j’ai enchaîné la Chine, Manchester, San Francisco, Philadelphie, Doha puis retour aux Etats-Unis, à Seattle… avant le prochain tournoi à Hong-Kong. Le circuit de squash est donc moins bien organisé mais il y a des progrès à noter et on joue plus de tournois qu’auparavant. Nous avons également des tournois majeurs appelés World Series qui nous permettent d’accumuler des points pour les World Series Finals, qui correspondent au Masters qui a lieu à Londres. Le top 8 mondial de la saison y est convié.

En finale; Grégory Gaultier est venu à bout du septième joueur mondial, l'Egyptien Omar Mossad.

En finale; Grégory Gaultier est venu à bout du n°7 mondial, l’Egyptien Omar Mossad – Crédits :  Steve Cubbins

Quelles sont les qualités premières du bon joueur de squash ? Au tennis, aujourd’hui, les jeunes qui arrivent sont athlétiquement très puissants, frappent très fort dans la balle mais manquent de créativité.

Le squash est un sport très complet. Une grosse préparation physique est nécessaire : une heure de jeu représente 50 minutes de jeu réel. Il y a donc peu de récupération entre deux échanges. Il faut de l’endurance, de l’explosivité et, bien évidemment, être créatif sur le terrain pour surprendre l’adversaire. Défendre ne suffit pas. On doit savoir s’adapter en permanence et avoir une bonne prise d’informations pour jouer le coup qui arrive.

Coup-droit, revers, jeu de jambes, service par le haut ou même à la cuillère, volée ou lob, ce sont des coups du tennis que l’on connaît. Mais il existe peu de joueurs complets. Qu’est-ce qui diffère au squash ?

Le jeu est différent car on a énormément de fentes vers l’avant et de volées. On visite les quatre angles du court et il y a beaucoup de séquences amortis-lobs. Bref, ce ne sont pas du tout les mêmes déplacements en pas chassés que l’on trouve au tennis. De plus, la visualisation des coups est différente car la balle peut venir de derrière comme devant avec des angles à chaque fois différents, puisque l’on peut utiliser les murs latéraux, alors qu’au tennis, la balle arrive toujours d’en face.

Quels sont les avantages que pourrait tirer un joueur de tennis qui pratiquerait de temps en temps le squash ?

Pour un tennisman, le squash est un bon sport pour améliorer sa caisse physique et surtout sa réactivité. Certes, il faut s’adapter à nos spécificités : prise de raquette, technique, déplacements etc. Mais c’est parfait pour l’imagination du prochain coup à jouer. J’ai joué une fois avec Stefan Edberg en Suède, il adore le squash. C’était un grand moment. Mon conseil pour gérer les balles près des murs latéraux, c’est d’apprendre à se déplacer et d’arriver à bloquer ses appuis loin des murs pour pouvoir jouer son coup. C’est un peu contre-nature pour le joueur de tennis, qui bloque ses appuis après avoir frappé la balle en bout de course.

Regardes-tu ou t’inspires-tu de ce que tu peux voir dans un match de tennis ? Y a-t-il des joueurs que tu admires ?

Bien évidemment, je regarde les grands matchs, j’ai d’ailleurs plusieurs sources d’inspiration tennistiques. D’abord Federer, pour son relâchement, sa fluidité, ainsi que sa créativité. Nadal pour sa combativité et sa détermination hors du commun. Et enfin, Djokovic, car il toujours excellent dans le « money-time »,  plus généralement, dans la gestion de ses rencontres.

Ci-dessus, les meilleurs moments de la finale 2015 entre Grégory Gaultier et Omar Mossad.

Lorsqu’on regarde le classement mondial de squash, on remarque la présence de très nombreux champions égyptiens. Pourtant, on en retrouve aucun aussi bien classé dans toute l’Histoire du tennis. As-tu une explication ?

Le squash est un sport énorme en Egypte. Hérité de la présence britannique, pratiqué par les élites, il a vécu un vrai boom il y a quelques années, grâce à un grand champion appelé Ahmed Barada. Les joueurs ont une très grande popularité, Barada est devenu chanteur à succès depuis, il a une aura incroyable. Le président de l’époque était fan de squash et c’est à ce moment là que l’émulation autour de notre sport s’est faite.

Enfin, le tennis est un sport olympique. Le squash se bat pour l’être. Que manque-t-il pour y arriver ?

Il y a un problème de médiatisation bien entendu. Nous restons un sport plutôt discret, peu exposé. La question de l’olympisme est aussi une question de volonté politique, bien sûr.

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Stéphane
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