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Demongeot, Seles, Lucic : ces joueuses aux vies secouées

La journaliste Dominique Bonnot publie un livre qui nous plonge dans les vies de joueuses qui, derrière les sourires de façade, ont eu une existence perturbée par les humiliations, les agressions et parfois même les viols.

Jupe tennis US Open 2014 - CC Steven Pisano

Nous connaissons bien le tennis féminin, celui des sourires, des réussites, des trophées, des paillettes. Ces joueuses au sommet de leur sport, qui brillent par leur talent et leur force de caractère. Ces joueuses qui brassent parfois des millions rien que par leur apparition. Leur capacité fascinante à se relever de la défaite la plus sévère. A persévérer jusqu’à atteindre leur objectif ultime : soulever un tournoi du Grand Chelem.

Ce qu’on oublie, en les regardant, c’est que sur leur chemin vers les étoiles, certaines des meilleures joueuses du monde ont souffert de pressions morales, d’abus sexuels, d’agressions physiques et d’humiliations en tout genre. Dans son livre, « N’oublie pas de gagner », la journaliste de L’Equipe Dominique Bonnot raconte ces parcours brisés par des sévices physiques et psychologiques. Elle nous plonge aussi dans les vies de ces joueuses de premier plan, qui malgré des intimidations ou un entourage poussif, ont réussi à donner le meilleur d’elles-mêmes sur les courts. De vraies battantes.

Des parents un peu trop présents

Arsalan Rezaï, Igor Bacsinszky et Marinko Lucic ont un point commun : ce sont des « pushy parents », un phénomène bien loin de s’atténuer dans le tennis. Pendant des années, ils ont torturé leur fille pour s’attribuer une gloire qu’ils n’ont pas vécu dans leur jeunesse. Entraînements éreintants, brimades et parfois même agressions physiques, des comportements qui ont laissé des traces. « Je devais tout le temps contourner mon père pour vivre, ou survivre », confie Timea Bacsinszky, la nouvelle perle du tennis suisse, demi-finaliste cette année à Roland-Garros. Dominique Bonnot raconte aussi cette fois où Mirjana Lucic-Baroni fut rouée de coups dans une baignoire vide, pendant quarante minutes, « un jour que ça s’était mal passé dans un tournoi à Milan ».

Existences brisées

Si ces agressions physiques laissent des marques, il y en a qui ont mené aux tribunaux. Dominique Bonnot ne s’interdit pas de narrer les plus graves sévices, ces bourreaux qui ont détruit la vie de joueuses et terni l’image du tennis. Les viols, comme ceux qui ont mené au procès de Régis de Camaret, qui s’est achevé l’année passée par une condamnation salvatrice, dix ans de prison. « Et après quelques secondes, la voix rauque de quelqu’un qui a gardé le silence pendant dix jours, il déclare : « J’ai honte et je demande pardon. C’est tout.' » Ce sont les mots qui permettront à Isabelle Demongeot, ancienne 35e mondiale, ex-coach d’Amélie Mauresmo et violée neuf ans par Camaret, de démarrer une nouvelle vie, celui d’une femme au physique brisé par les viols à répétition et qui découvre enfin le bonheur aux côtés d’une femme. Autre témoignage, anonyme, celui de Léa, qui confie à visage caché des sévices subis pendant des années. « Tu me rends fou, lui disait son entraîneur. Tu veux que je te montre l’effet que tu me fais ? Dont acte. « J’ai voulu témoigner, confie t-elle. Je m’en serais voulue de ne pas le faire. Je souhaite que cela soit utile à la société ».

Pour certaines, ce sont aussi des jours qui ont changé leur vie. Comme en 1993, l’agression de Monica Seles, numéro un mondiale, par Günther Parche, cet ouvrier allemand de 38 ans, fan de Steffi Graf. Une agression sauvage, au couteau, pendant son premier tour à Hambourg et dont elle n’aurait pu ne jamais se relever. « Au final, Steffi Graf et Monica Seles se sont affrontées onze fois. Sans Günther Parche, il est évident qu’elles auraient assuré une rivalité comparable à celle de Navratilova et Evert », analyse Dominique Bonnot. Devant le tribunal, Parche avouera qu’il ne voulait pas tuer Monica Seles, juste la blesser, histoire de la mettre hors jeu quelques années au profit de Graf. Après plus de deux ans de dépression, Monica Seles revient sur les courts et remporte l’Open d’Australie en 1996 : ce sera son neuvième et dernier Grand Chelem.

Des anciennes joueuses comme Martina Navratilova aux jeunes étoiles du tennis mondial, comme Timea Bacsinszky, Dominique Bonnot nous plonge habilement dans leur détresse psychologique, l’homophobie subie, les chantages affectifs et les humiliations, tout cela sans aucun misérabilisme. Un livre qui rappelle que derrière certains sourires de joueuses se cachent des douleurs que le temps ne peut cicatriser, mais qu’elles tentent sans cesse d’oublier.

« N’oublie pas de gagner », de Dominique Bonnot, éditions Stock