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Julien Benedetto : « Je mangeais, je buvais, je vivais tennis »

Présentateur à France Télévisions, Julien Benedetto fut un espoir du tennis français dans sa jeunesse. Le journaliste de 36 ans nous raconte la relation qu’il a entretenue avec la balle jaune tout au long de sa vie.

Article édité par Assia Hamdi

Fanatique de sport, dingue de tennis… Julien Benedetto, 36 ans, présente actuellement la tranche 21h30 – minuit de la chaîne France info, la petite dernière du groupe France Télévisions, après avoir travaillé sur Télématin et comme chroniqueur sport du 13h de France 2. Bien avant d’être journaliste, Julien était un espoir du tennis français aux côtés de Paul-Henri Matthieu, Julien Benneteau (à ne pas confondre avec lui) et Nicolas Mahut. Comme ces trois-là, il rêvait de devenir joueur professionnel mais le destin en a voulu autrement. Aujourd’hui même s’il a forcément des regrets, il ne se plaint pas car le sport l’a amené au journalisme, un métier qui le passionne. Julien Benedetto nous raconte son engouement pour le tennis.

Julien, comment a débuté ta passion pour le tennis ?

Ma passion du tennis remonte à ma tendre enfance. J’avais 7 ans. Dans notre région douaisienne, j’accompagnais mon père en tournoi qui avait un niveau 30/3. Je le voyais s’escrimer à essayer de gagner des matches amateurs. C’est un peu lui qui m’a transmis le virus du tennis. Je me suis ensuite inscrit dans un petit club, à côté de Douai. J’ai intensifié mes entrainements. J’ai commencé à faire des tournois assez vite, et à gagner des matches. J’ai été très vite repéré par la ligue des Flandres. À l’âge de 9 ans, j’ai été dans leur giron. À partir de ce moment-là, mon père et moi avons consacré tout notre temps et notre énergie à ce rêve de devenir joueur professionnel. Je mangeais, je buvais, je vivais tennis.

Comment as-tu pu t’organiser entre le tennis et les cours ?

Malgré des professeurs récalcitrants, mon père avait réussi à trouver un accord avec un proviseur de collège à Douai. J’ai ainsi pu libérer mes après-midis. J’allais à l’école le matin et je m’entraînais l’après-midi. J’étais bonne élève, cela m’a permis d’avoir ces horaires aménagés. Lorsque j’ai commencé à sillonner la France et à gagner beaucoup de matches à 13 ans, j’ai été repéré par la Fédération française de tennis. J’ai ensuite intégré la section sport-études du CREPS de Reims où je suis resté de 1993 à 1995. J’étais avec les meilleurs Français de mon âge, une dizaine au total, et je partageais la chambre de Paul-Henri Matthieu. Le soir avant de nous coucher, on faisait nos pompes et nos abdos ensemble, mais j’avoue que lui était plus assidu que moi ! (rires). Sur les huit ou dix jeunes joueurs de cette structure, la moitié sont aujourd’hui des joueurs de tennis professionnels, ce qui est un peu frustrant pour moi…

Tu étais considéré comme un jeune espoir du tennis, pourquoi as-tu finalement abandonné le tennis professionnel ?

Une fois que tu as fini le CREPS au bout de ces deux années, l’étape suivante, c’est l’INSEP, l’usine à champions. Forcément, il ne pouvait pas tous nous prendre. C’est l’entonnoir : à chaque fois, on écrème. Cette année-là, ils en ont pris que trois : Paul-Henri Matthieu, Julien Benneteau et Nicolas Mahut, et je n’ai pas été sélectionné. L’histoire a ensuite continué pour eux. Je me rappelle que la fédération m’a dit qu’elle ne me prenait pas mais qu’elle continuait à me suivre. J’avais 15 ans et j’étais 15/6, environ le même niveau qu’eux. Je suis ensuite retournée dans ma ligue, à Lille. Mon père était en colère que je ne sois pas pris et sur le moment je l’étais également. Mais avec le recul je me mets à leur place. Ils avaient dix jeunes en face d’eux et un choix s’imposait. Évidemment, j’aurai des regrets toute ma vie et c’est dans un petit coin de ma tête. Maintenant c’est drôle, je revois beaucoup Julien Benneteau et Nicolas Mahut qui jouent dans le même club que moi au Tennis Club Paris. La première fois que j’avais revu Mahut après 15 ou 20 ans, il m’a demandé si j’avais toujours ma Wilson blanche. Il se souvenait de la raquette que j’avais à l’âge de 13 ans ! L’enfance crée des liens très forts. Ils ont plus de souvenirs en commun avec moi qu’avec d’autres joueurs du circuit.

Pourquoi as-tu préféré te tourner vers des études classiques ?

Quand je n’ai pas été pris à l’INSEP, je suis retourné à Lille. Il y a eu une sorte de réunion de famille. Mon père voulait que l’on continue à fond le tennis mais ma mère était réticente. Elle voyait que cela ne marchait plus comme espéré et comme j’étais bon à l’école, elle a préféré que je privilégie les études et elle a eu le dernier mot. Pour elle, le tennis était aléatoire et pas forcément un gage de réussite pour la suite. À 15 ans, je suis donc rentrée au lycée, à Douai, et j’ai lâché le tennis assez naturellement. Je continuais à jouer dans mon club mais j’ai arrêté les entrainements de ligue. Je faisais des tournois de façon régulière, ainsi que les matches d’inter-clubs, et je suis monté à 1/6 à 18 ans. J’avais un bon niveau régional. Je me suis aussi inscrit dans un club de foot. Entre 15-18 ans, ma semaine était bien remplie : deux entrainements de tennis, un entrainement de foot, matches de foot ou tournoi de tennis les week-ends. Après un bac L mention bien en 1998, une prépa lettre hypokhâgne/khâgne puis une licence d’histoire, j’ai passé les concours des grandes écoles de journalisme et j’ai été reçu à celle de Marseille. J’avais fait un stage à France 3 Lille et je m’étais lié d’amitié avec un journaliste qui m’a un peu aidé pour les concours.

Quels sont tes coups de coeur dans le tennis et dans le sport ? 

Je regardais tous les sports à la télé. J’étais fan d’Andre Agassi. C’est la seule idole que j’ai eue. Ce joueur m’a fait rêver quand j’étais enfant. Je me souviens avoir pleuré devant ma télévision après sa défaite en cinq sets contre Jim Courier, l’autre Américain, lors de la finale de Roland-Garros en 1991. J’étais fasciné par Agassi avec ses tenues extravagantes, son short en jean… Je voulais les mêmes. 25 ans plus tard, je l’ai rencontré. J’étais hyper ému mais un peu déçu. J’avais cinq minutes d’entretien avec lui, ils enchaînaient plusieurs médias. Moi je suis passé à la fin, il était hyper fatigué. C’est la seule fois où je me suis autorisé en tant que journaliste à faire une photo avec une personne que j’interviewais. Dans cette même lignée, il y a de grands moments de sports qui m’ont fait vibrer à la télévision, comme la victoire de l’Olympique de Marseille en Ligue des champions en 1993, la première victoire d’un club français en Ligue des champions ! Je n’ai pas d’équipe favorite mais je supporte les clubs Français en Coupe d’Europe. J’ai une tendresse particulière pour les équipes du Nord car c’est ma région d’origine.

Et un joueur du circuit que tu apprécies plus que les autres ?

Je suis admiratif de cette génération, les quatre fantastiques : Roger Federer, Rafael Nadal, Novak Djokovic, Andy Murray. Ils sont tellement monstrueux. Les joueurs français ont aussi un niveau incroyable mais ils sont tombés dans la mauvaise décennie. J’aime l’élégance et le style de Federer, le mental de Djokovic, le côté un peu animal de Nadal, la science de jeu de Murray. Il est le moins titré des quatre mais j’aime bien regarder ce joueur-là. En général, on ne le trouve pas sympathique et pas très souriant. Mais pour parler vulgairement, je trouve qu’il pue le tennis.

Tu as couvert Roland-Garros durant plusieurs années, que faisais-tu durant la quinzaine ?

Je travaillais avec un caméraman. On faisait le tournage/montage pour le journal de 13h. On pouvait nous demander un sujet ou un duplex sur la polémique du jour, l’info du jour, le programme de l’après-midi, un Français qui va loin… Pour le 20 heures, ils étaient un peu moins gourmands en sujet. Mais si un Français se retrouvait en quarts de finale, on faisait un résumé de match. J’analysais les rencontres. J’interviewais les joueurs ou des gens qui ont un regard intéressant comme des entraîneurs, des anciens joueurs, des agents ou des supporters. Quand j’avais fini la journée, j’enregistrais un plateau pour donner le programme le lendemain dans Télé Matin. Lors des finales, c’était le grand rush : le 20 heures voulait les vainqueurs en duplex. En collaboration avec le service de presse de la FFT, l’agent du joueur, le service communication de l’ATP ou la WTA, on calait l’interview du vainqueur. C’est un travail de l’ombre avec beaucoup de stress.

Tu as fait plusieurs fois le tournoi des personnalités à Roland-Garros ?

Le tournoi des journalistes a lieu tous les ans et je l’ai gagné deux fois en simple et quatre fois en double. Je peux dire que je suis un peu le champion de France des journalistes (rires). Et pendant Roland-Garros, il y a effectivement le tournoi des personnalités, auquel j’ai participé pour la première fois en 2015. Au tournoi des personnalités, le niveau s’élève maximum à 15/4. Comme j’étais 4/6, ils m’ont vu faire quelques balles et ils m’ont dit « tu sors ». J’ai fait quelques matches pour du beurre.

Qu’est-ce que t’apporte le tennis dans ta vie professionnelle ?

Le tennis m’a apporté l’esprit de compétition : vouloir réussir ce que l’on entreprend, donner le meilleur de soi-même, avoir envie que le sujet ou le duplex soit le mieux possible. Les qualités que tu dois avoir sur un court de tennis sont aussi les mêmes qu’un bon reporter doit avoir : la rigueur, le dépassement de soi et la maîtrise de ses nerfs. Mon rapport au sport me donne des clefs et c’est un vrai atout dans ma vie professionnelle.

Cet été, retrouvez Julien Benedetto à la tête du 13 heures de la Deux du 7 au 13 août.