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Vis ma vie de journaliste tennis à Roland-Garros

Vous lisez leurs articles, attendez avec impatience leurs interviews et les suivez avec intérêt sur les réseaux sociaux. Les journalistes vous font vivre Roland Garros de l’intérieur, une mission pas de tout repos. Deux journalistes nous racontent leur quotidien durant le tournoi parisien.

Crédits CC – Ji-Elle

Article édité par Assia Hamdi

Roland-Garros c’est la terre battue, les longs échanges de fond de court, les panamas. Mais ce sont aussi plus de 1000 journalistes qui se retrouvent sur les bords des courts pour nous faire vivre le tournoi. Ils ont une zone réservée, ils peuvent accéder au Players’ Lounge, ils côtoient les plus grands joueurs. Mais que font-ils vraiment de leurs journées à Roland-Garros ? Julien Reboullet de L’Equipe et Eric Bruna du Parisien nous racontent leur quotidien dans le tournoi.

Comment est composée votre équipe tennis ?

Julien Reboullet : Pour l’Equipe Print, nous sommes cinq journalistes à 100% sur le tennis. Pendant Roland-Garros, d’autres rédacteurs nous appuient puisqu’on doit pouvoir sortir entre dix et douze pages dans le quotidien.

Eric Bruna : Au Parisien, nous sommes trois journalistes accrédités pour le tournoi. D’autres travaillent directement depuis le siège, pour faire des lives web par exemple.

A quoi ressemblent vos journées sur place ?

Julien Reboullet : On se réunit chaque matin à Roland-Garros avec les rédacteurs et les photographes pour faire un débriefing du journal de la veille et un briefing pour celui du lendemain. On se projette sur la journée qui commence et on fait un point sur les sujets à couvrir. Chaque reporter a ainsi une ou deux missions en tête pendant la journée, mais cela peut évoluer en fonction de l’actualité. Je n’ai pas un rôle de reporter mais plutôt de gestion de l’équipe. En milieu d’après-midi, je quitte Roland-Garros pour rejoindre la rédaction où on commence à monter les pages, on dessine le chemin de fer, on choisit les thématiques à mettre en avant… Tout se fait en lien avec les journalistes sur place. Pour un reporter, la journée est différente. Il suit les matchs liés à ses sujets. Il essaie d’aller voir les coaches pour obtenir des réponses à des questions bien spécifiques, puis il va aux conférences de presse des matchs auxquels il a assisté. Enfin, il rédige ses papiers dès qu’il en a le temps. Pour moi, la journée se finit vers minuit, une fois que le journal du lendemain est bouclé.

Eric Bruna : Notre journée commence entre 10h et 10h30. Ce n’est pas comme à l’Equipe où ils arrivent à 10, nous on est trois donc on a besoin de moins de temps. On se retrouve pour discuter des sujets que l’on va couvrir la journée, définis notamment par le calendrier des matchs. On cherche ensemble des angles de travail. Au Parisien on s’intéresse plus à l’humain qu’au côté tactico-technique. On aime beaucoup les profils atypiques, on recherche les belles histoires. On essaie d’écrire des choses différentes.

Comment se construisent vos articles ?

Julien Reboullet : Le travail pour Roland-Garros commence des semaines avant le début du tournoi. On réfléchit aux sujets, on prend contact, on fait des interviews en avance. On profite notamment des tournois de Madrid et de Rome parce qu’une fois que le tournoi commence, on est dans l’urgence.

Ensuite, pour nous, c’est un jeu de construction. L’année dernière, à cause de la pluie, il y a eu une journée sans un seul point joué. Le lendemain, on a tout de même sorti huit pages. Il faut savoir imaginer. C’est le charme du métier, on ne vit jamais deux fois la même journée. Sur un tournoi comme Roland-Garros, on ne s’ennuie jamais.

Eric Bruna : Beaucoup de sujets sont réalisés avant le tournoi. Une fois que Roland-Garros commence, les athlètes sont moins disponibles pour nous répondre. Alors pour les cinq meilleurs joueurs et les français, on commence dans les deux mois avant. Monte Carlo, Madrid et Rome nous permettent notamment d’anticiper des interviews. On conserve ces articles pour les sortir au bon moment pendant le tournoi. On garde par exemple l’interview de Rafael Nadal pour son entrée dans le tournoi.

En quoi être sur place est-il important pour vous ?

Julien Reboullet : Etre sur place nous permet d’apporter beaucoup plus de valeur à nos papiers. Il y a des choses qu’on peut ressentir au bord du terrain que l’on ne capterait pas sur une vidéo : les réactions des coaches, la chaleur, le vent… On a un autre rapport avec la réalité. Sur place, on n’est ni prisonnier de la réalisation, ni des autres journalistes. En conférence de presse, on choisit nos questions. Le fait d’être présent à d’autres moments de la saison nous donne aussi plus d’accès, les joueurs et leurs entourages nous connaissent, les relations sont ainsi plus faciles.

Eric Bruna : Une grosse partie de notre travail se passe dans le Players’ Lounge où on côtoie l’entourage et les coaches. Cela peut nous donner des idées de sujets mais aussi des contacts. Travailler de loin n’est pas impossible, mais c’est plus difficile. On n’a pas cet accès direct à l’information et on n’a aucune valeur ajoutée à apporter.

Est-ce que vous pouvez beaucoup profiter des matchs ?

Eric Bruna : On passe plus notre journée à courir partout pour assister aux conférences de presse qu’à profiter des matchs. Il m’arrive de ne regarder que dix minutes de jeu sur une journée. C’est surtout le cas en début de tournoi où il est rare que je trouve le temps de voir un set complet. Au final, les gens devant leur télévision en voient plus que moi.

Harmony
Harmony
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