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Thomas Sotto et Roger Federer, les coulisses folles de l’entretien

Après trois ans d’efforts, Thomas Sotto a réalisé son rêve d’amateur de tennis : interviewer Roger Federer. Pour Lignes de Fond, le journaliste d’Europe 1 raconte comment il a vécu ce moment privilégié.

Thomas Sotto - Lagardère.com

Thomas Sotto est journaliste pour Europe 1 depuis 2013 (Crédits : Lagardère.com)

Allez, avouez-le. Vous aussi, vous avez déjà rêvé d’être assis à une table, en face de Roger Federer. D’avoir son attention et de lui poser plein de questions. D’échanger sur votre vision du tennis et de savoir comment il a vécu certains moments forts de sa carrière. De disserter avec lui sur l’évolution du tennis et sur son regard sur son sport. Si oui, alors pas de panique, vous êtes normal. Nous sommes plusieurs et parmi eux, il y en a eu un qui s’est accroché, et qui y est parvenu. Thomas Sotto est journaliste pour Europe 1. Il y a quelques jours, à Bâle, l’animateur a enfin rencontré celui qu’il rêve d’interroger depuis trois ans. Le dénouement heureux d’une épopée folle sur laquelle il accepte de revenir…rien que pour nous.

Bonjour Thomas, alors, remis de vos émotions ?

Oui, je suis remis de mes émotions mais ca reste un moment fort dans ma vie de journaliste et dans ma vie tout court car c’est quelque chose que je souhaitais depuis très longtemps. Là, j’ai un petit peu l’impression d’avoir rencontré le père Noël. J’étais sceptique de son existence mais maintenant, je suis sûr qu’il existe !

Comment vous est venue l’idée de cette interview et de cette pétition ?

Depuis des années, je regarde des matches de Roger Federer. Il y a deux choses que j’aime, c’est la matinale et les matches de Roger Federer. Ma passion est née de son jeu et du plaisir que j’ai eu à le voir jouer. Je me suis dit que je voulais rencontrer ce type car il a l’air sympa et que c’est quelqu’un qui ne parle pas beaucoup… En plus j’assume totalement cette prise de position car contrairement à la politique, par exemple, le sport est un domaine où on peut parfois se permettre d’être moins neutre.

Quelles ont été vos démarches auprès de son agent ?

On a fait la demande par la voie officielle, en passant par l’agence de communication. Il a tellement de choses à faire que ce n’était pas une priorité et puis, si ca n’avait pas marché…ce n’aurait pas été grave ! Mais en voyant ensuite la pétition contre la Loi Travail, je me suis dit que j’allais aussi en faire une pour demander une interview de Federer pour Europe 1. Ca m’a amusé, j’y ai cru pendant tout le long. Je me suis demandé comment je pouvais faire vivre la pétition. Un jour, j’ai croisé Dominique Farrugia, il a participé. Ensuite, Nicolas Canteloup…et il a participé. Puis Joey Starr. Puis Woody Allen. Et le jour où j’ai reçu François Hollande, je lui ai demandé de contribuer avant qu’il ne sorte du studio et avant que son équipe n’intervienne. Et il a accepté de délivrer un petit mot pour Roger Federer. Et j’ai immédiatement balancé ça sur les réseaux sociaux. Au fur et à mesure, on tenait au courant son agent, Tony Godsick. Ca a failli se faire à Roland-Garros, cette année, mais il a annoncé son forfait. Roger Federer m’a dit que des gens attendaient une interview avec lui depuis cinq ans !

Attendiez-vous à ce que votre pétition prenne cette ampleur ?

Je ne me doutais pas de l’impact que ça aurait. Depuis que je suis à Europe 1, je n’ai encore rien vécu de cette ampleur… Mais tout le mérite revient à Roger Federer ! Dans le cadre de son sport, des conférences de presse, des interviews, il parle de ses performances. Et je pense qu’on n’entend pas trop Roger en France. Les réactions autour de cette interview depuis ce matin montrent que les gens avaient envie de l’entendre.

Alors, comment avez-vous réussi à obtenir son accord ?

Le déclencheur a eu lieu il y a un mois. Je suis chez moi et je m’apprête à faire ma sieste avant de repartir et Jean-Pierre Elkabbach m’appelle. Il était au restaurant “L’Avenue”, à Paris. Il me dit ‘viens, il y a ton idole qui est là !’. Je saute, je mets mon jean, je grimpe sur un Vélib’…et je me mets en route pour le restaurant. Je vais voir Roger Federer et, en discutant, je m’aperçois qu’il est déjà au courant de ma demande d’interview. Là, il me donne un accord de principe. Je lui demande si je peux prendre une photo et la twitter et il accepte. Ensuite, niveau timing, on s’est dit que la semaine de Bâle-PSG était parfaite. Il y avait Bercy, il n’avait pas parlé depuis longtemps…et c’était le moment idéal du bilan. Pour le coup, on a eu une vraie exclu !

Pourquoi est-ce qu’il a accepté, à votre avis ?

Je crois que ça l’a fait marrer ! Et c’est important qu’on se soit vu,même cinq minutes, pour qu’il se dise « le mec n’est pas un malade mental ». Il peut dire ‘oui’ ou ‘non’, c’est lui qui décide après tout. Mais je crois que ça l’a amusé. Il m’a raconté qu’un jour, au printemps dernier, il était passé devant Europe 1 et qu’il avait pris une photo. Il m’a dit « je voulais te l’envoyer et te demander ‘pourquoi tu n’es pas là ?’’  » Lorsqu’il m’a dit ça, je me suis dit ‘bah tiens, finalement, ça ressemble un peu à une petite histoire que l’on vit entre potes !’

Est-ce que vous avez eu des consignes de son équipe pour cet entretien ?

On ne m’a rien demandé sur les sujets abordés…c’était vraiment freestyle. J’avais juste dit depuis le début que je n’avais pas l’intention de parler politique. Lorsqu’on est allés le voir, le jour de l’interview, il était seul. Son équipe, sa famille et son agent n’étaient pas là…ça a été un privilège. De notre côté, des journalistes voulaient nous accompagner et je me suis dit que ce n’était pas cool par rapport à lui et à son feu vert.

En étant à la fois fan de Federer et journaliste…comment avez-vous préparé cette interview ?

Je me suis dit ‘fais toi plaisir, mec !”. J’avais évidemment des petites questions liées à sa forme car le tennis m’intéresse mais ca n’a pas été la partie la plus compliquée à préparer, dans l’interview. Cela dit, j’ai une anecdote marrante. Une semaine avant l’interview, je cogitais un peu. Durant une nuit, je me suis levé deux fois pour taper mes questions sur mon téléphone…

Vous avez l’air heureux…quelle est votre plus grande satisfaction ?

Ma plus grande satisfaction, c’est que j’avais dans mon esprit des qualificatifs avant de le rencontrer et qu’ils correspondent au bonhomme avec lequel j’ai échangé. Je savais que je pouvais être déçu mais ce n’était pas le cas. On avait besoin d’un quart d’heure et finalement, on a passé deux heures ensemble. Il y a aussi eu cette petite histoire autour de cette interview et c’est ce qui fait que ça va rester un souvenir important de ma carrière. C’est agréable de ne pas être déçu.

Cette histoire montre qu’après quelques années d’expérience, on peut toujours réaliser ses rêves.

Il faut ! Si vous n’y croyez plus, alors arrêtez tout de suite ! Il faut toujours garder ses rêves en bandouillère. Moi je fais ce métier parce que j’en ai rêvé. On doit être 0,5% de la population à faire notre métier parce qu’on en a rêvé…

Alors maintenant que vous avez interrogé Roger Federer…avez-vous toujours des rêves de journaliste ?

Oui, il y a l’appel à Jean-Jacques Goldman lancé par Roger Federer ! Bon c’est un clin d’oeil…et puis si c’est pour faire deux fois la même histoire, ça n’aura pas de sens. Mais peut-être recevoir Barack Obama, tiens ! En plus, peut-être qu’il va bientôt s’ennuyer…

Maintenant que vous savez tout sur cette interview, c’est le moment de la savourer :


Thomas Sotto reçoit (enfin) Roger Federer par Europe1fr

For non-French speakers, here is the translation of our interview of Thomas Sotto.

Thomas Sotto and Roger Federer, the crazy story of an interview

After three years of efforts, Thomas Sotto has made one of his dreams come true : he has interviewed Roger Federer. Anchorman for the French radio Europe 1, he tells Lignes de fond the secrets of their meeting.

You can tell it. You have probably already dreams of being sit at a table, in front of Roger Federer. To have his attention and to ask him a bunch of questions. To discuss with him about your vision of tennis and to know how he has lived the most importants moments of his career. To have a conversation about the evolution of tennis and the way he sees his sport. If you do, then no panic, you are normal. Several people have also dreamt of that and among them, one has managed to make his dream come true. Thomas Sotto is journalist and anchorman on Europe 1. A few days ago, in Basel, he met the one that he has wanted to interview for the last three years. The happy ending of a crazy story that he accepts to discuss…with us.

Hello Thomas, how do you feel today ?

I feel calmer now but it was an important moment in my career because it is something i have been wanting for a long time. I feel like i have met Santa. I was skeptical about the fact that he was real but now i’m sure he is.

How did you get the idea to ask for his interview ?

I have been watching Federer play for years. There are two things I really love : morning shows and watching Federer play. My passion for tennis comes from his game, from the pleasure of seeing him play. I wanted to meet him because he seems like a nice guy and because he doesn’t talk much. Besides that, I assume the fact of liking him and telling it because instead of politics, sport is a field in which you are allowed to be less neutral.

Did you expect this interview request to take this magnitude ?

I didn’t expect that. I haven’t lived anything like that yet in Europe 1. But credit goes to Roger Federer. I think we don’t hear him much here, in France. The reactions from people since this morning show that they wanted to hear him. When he plays, during press conferences, during interviews, he talks about his sport, not much about anything else.

What were the several steps of your interview request ?

We made an official request to his agent. Actually, Roger has so many things to do that it wouldn’t have bothered us if the interview didn’t occur. Then we saw that there was a petition in France against the El Khomri law, so we wanted to do the same with Roger. We created this petition in order to ask Roger if he could come to Europe 1. I had fun doing that actually, I believed it could happen. Then I wondered how I could make people sign the petition. One day, I met Dominique Farrugia (a French actor) and he participated. Then, Nicolas Canteloup (a humorist) and he did it too. Then Joey Starr (a singer and actor). Then Woody Allen. And when I met François Hollande, I asked him for his contribution before he went out of the radio studio and before his staff came back. He accepted to say a little word for Roger. Then I put it immediately on social networks. We continued to inform Tony Godsick of the different steps. We thought the interview could finally be made at Roland-Garros but Federer withdrew. He told me that there were people who asked for an interview five years ago and that they were still waiting.

So how did you manage to get his approval ?

The thing happened a month ago. I was at home and I was about to have a rest before going back to Europe 1 and my colleague Jean-Pierre Elkabbach called me. He was having lunch at L’Avenue restaurant, in Paris. He told me     “come as fast as you can, your idol is here !” I jumped, I dressed up, I took a bicycle and I went to the restaurant. When I arrived, I came to see Roger Federer and when I chatted with him, I found out that he already knew about my interview request. He gave me his approval. I asked him if I could take a picture and tweet it and he accepted. We thought that the week of the Champions’ League game between PSG and Basel was a perfect time for the interview. There was Paris Masters, it had been a while since he last talked and it was a good occasion to sum things up before the end of the season. We really had the exclusivity !

And why did he say “yes”, according to you ?

I think it made him laugh ! And the fact that we met before the interview was important so he could tell himself “okay, no worries, this guy isn’t mentally ill”. Roger Federer can say “yes” or “no” to an interview after all, he is the only one to decide. But I think it was fun for him. He told me that one day, in spring, he was in Paris and he walked next to our radio station and he took a picture. He told me “I wanted to send it to you and to ask you ‘why aren’t you here ?’” When he told me that, I told myself that our story looked like a nice story between two friends !

Did his agent give you some requirements regarding the interview ?

There were no requirements regarding the questions. It was real freestyle. I only said way before the interview that I wouldn’t ask anything about politics. When we went to meet him, the day of the interview, he was alone. His staff, his family, his agent weren’t here. It was a real privilege. Some journalists wanted to come with us but i said it wasn’t fair towards Roger Federer and the fact that he gave us his approval.

You seem very happy about this interview…what is your greatest satisfaction ?

My greatest satisfaction is that I had in mind a description of Roger Federer before meeting him and that the guy I met and talked to looked like what I thought. I knew I could be disappointed but it didn’t happen. We needed 15 minutes for the interview and we spent two hours together. There was also this little story behind this interview and this is why it will remain an important memory of my career. It feels nice, not to be disappointed.

As a fan of Federer and a journalist…how did you prepare this interview ?

I told myself “have fun, dude !”. Obviously, I had a few questions about his current shape because I’m interested in tennis but this interview wasn’t really difficult to work on. Anyway, I have a funny fact. A week before the interview, I spent time reflecting on my questions, especially during the night, and one night, I got up two times to type questions on my phone.

This story shows that years after experience, you can always make your dreams come true.

You must ! If you don’t believe in your dreams anymore then give up right now ! You should always keep your dreams close to you. I do this job because I’ve dreamt of it for a long time. We must be like 0,5% of people to do the job we have dreamt of…

Now that you have met Roger Federer…what are the next people you dream of interviewing ?

Yes ! Roger asked singer Jean-Jacques Goldman if he could come for an interview ! Okay, Roger only asked that for fun and we won’t do the same thing again with someone else, because it wouldn’t make sense. But maybe an interview of Barack Obama ! He will soon have much more free time…