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Et sinon, on fait quoi quand il pleut à Roland-Garros ?

Dimanche, la pluie a joué les trouble-fête à Roland-Garros. Six matches interrompus et 16 matches reportés. Mais alors…comment passe t-on le temps à Roland-Garros lorsqu’il fait un temps de chien ? 

Crédits : Yann Caradec (CC Flickr)

Crédits : Yann Caradec (CC Flickr)

C’est le premier jour de Roland-Garros. Terre battue, balles jaunes, juges de ligne…tout est prêt pour le spectacle. Mais la star de ce dimanche, ce ne sera pas Novak Djokovic. Ce ne sera pas non plus Serena Williams. La véritable star du jour, ce sera l’averse. Dans les allées blindées de Roland-Garros, c’est par sa faute que les parapluies se bousculent. « La pluie est prévue jusqu’à ce soir… » lance un spectateur, désabusé. Première interruption vers 15h. Reprise à 17h30. Mais presque une heure plus tard, les terrains sont de nouveau bâchés. « Il n’y aura plus de matches à Roland-Garros pour aujourd’hui, informe Marc Maury, le M.Loyal de Roland-Garros. Les lignes sont glissantes et nous voulons éviter que les joueurs se blessent. » Bon. Alors, qu’est-ce qu’il reste à faire à Roland-Garros, lorsqu’il n’y a pas de match ? D’abord, il faut être patient pour espérer voir un peu de jeu. Il faut aussi trouver des moyens de s’occuper pour ne pas s’ennuyer. « On a vu le match de Benoit Paire. C’était gai, accroché, raconte dimanche Danièle, 61 ans et Stéphane, 46 ans, deux amis venus de Belgique à Paris pour une journée. Et maintenant qu’il pleut on papote. Personne n’est responsable du temps ! » justifient ces fans de David Goffin et Roger Federer.

Sur le Chatrier, le plus « sympa » des endroits

D’abord, il y a les téméraires. Karen, 45 ans et son fils Eliam, 13 ans ont préféré rester dans les tribunes du court Philippe-Chatrier. Assis, ils s’abritent avec précaution sous leur parapluie blanc. « Tout le monde se précipite vers les endroits où il y a des trucs chauds pour s’occuper justement. Du coup, on ne peut même plus marcher dans les allées. Je n’ai pas réussi à avoir mon café. Je compte bien faire une réclamation pour dire il n’y a pas assez de stands, s’agace la maman. On est restés réfugiés, ici, à regarder l’écran. Je pense que je vais faire faire ses devoirs à mon fils ! » Non loin d’eux, Stanislas, 18 ans, et son camarade Arthur, 19 ans, patientent. Les chanceux compères ont pu assister à la première partie du match où le Japonais Kei Nishikori menait 6-1/ 7-5/ 2-1 contre l’Italien Simone Bolelli. « C’est sympa comme endroit. On est assis. On est à l’abri. C’est un des plus beaux courts de Roland-Garros », se réjouit Stanislas. Quand on est deux ça va, on peut parler. Mais les gens qui viennent tout seul, doivent s’amuser un peu moins », imagine Arthur, joueur de tennis en loisirs. « On est sortis pour se restaurer, se promener un peu et faire les activités proposées. Il y avait un stand où on calcule la vitesse de notre service. »

Jeu de cartes à l’abri, sous le central

Sous le court central Philippe-Chatrier, le couloir est surbondé. Il y a du monde. Beaucoup de monde. Les spectateurs sont venus s’abriter alors que la pluie s’intensifiait. Par rapport au flux important de personnes, très peu d’endroits sont disponibles pour les protéger. Il paraît que le Roland-Garros rénové répondra mieux à cette problématique d’ici la fin des travaux prévus en 2019. Le nouveau court Philippe-Chatrier, sera équipé en 2018 d’un toit rétractable, nous promet-on. Au moins un match ne sera pas interrompu. Les spectateurs sont patients. Souriante et assise au sol, dans le couloir, voici Mathilde. aux côtés de ses deux amies. Arrivée à 11h, la jeune femme de 25 ans regardait le spectacle sur le court numéro 1 jusqu’à l’arrivée des précipitations. « On a vu Nick (Kyrgios, ndlr) et Marco (Cecchinato, ndlr). Puis là, on joue à un jeu de cartes, le barbu. Sinon, on a fait une sieste et on a goûté ! Maintenant on espère qu’il va faire beau pour voir d’autres matches. » La jeune femme y croit. « Vous n’avez pas d’application spéciale météo à Roland-Garros ? », demande un spectateur inquiet à des hôtesses, très classe, positionnées devant la tribune Jean-Borotra et très sollicitées avec la pluie. « Ah non. On va chercher sur Internet », répond l’une d’elles, en sortant son smartphone.

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La pluie profite au business

En face de l’écran géant du Suzanne Lenglen où se tient un embouteillage, on peut assister à un carnaval de parapluies vert et orange siglés « RG ». Les vendeurs de l’indispensable objet ont de quoi se frotter les mains. Mais les spectateurs se ruent aussi sur les boutiques du stade. Goodies, géantes balles jaune, sacs « RG », tee-shirts… la pluie dominicale remplit les caisses de Roland. Glaces, crêpes, gaufres, gâteaux, café, boisson, sandwich, salades. Pour s’occuper, les gens profitent aussi pour se restaurer ou se permettre une petite gourmandise. Les épiceries et autres stands sont pris d’assaut. « Je vais manger une gaufre au chocolat, se languit Claire, 18 ans, venue avec ses parents pour son premier Roland-Garros. Après de longues files d’attente, elle s’autorise une récompense. On a essayé de trouver des endroits pour s’abriter. On a visité quelques courts annexes et des galeries mais avec ce monde, il est difficile de marcher. »

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Sous l’abri autour du court Suzanne-Lenglen, deux adolescents sont perchés sur un muret, les yeux rivés sur leur smartphone. « Moi je parlais par sms sur mon portable et lui il jouait à un jeu, sourit Paul, 14 ans en désignant son ami Thomas, 15 ans. «On a vu en partie le match de Benoît. Il a fait beaucoup de fautes mais il y a eu de beaux points. Après on a fait le tour du stade mais on s’ennuyait », relatent ces deux amis fans de « Roger et des Français ». Certains lisent des journaux, rigolent ou blablatent. Mais sur d’autres visages fermés se lit la frustration. « Heureusement que l’on a vu tout le match de Benoît Paire car on aurait perdu notre journée sinon. Tant mieux qu’il a duré cinq sets. Cela nous a permis de rentabiliser la journée. On attend depuis 15h. On a essayé de se promener mais sous la pluie, c’est vite limité », s’agace Vanessa, 35 ans.

Passer le temps en se battant contre un robot

Pour s’amuser et être à l’abri, le rendez-vous est au « RG Lab », un espace de divertissement dédié au tennis connecté et aux nouvelles technologies. Cette année, ce laboratoire particulier a pris ses quartiers à la place de l’ancien musée de la Fédération française de tennis. Pour tenter quelques animations ludiques, il faut s’armer de patience. Se prendre en photo derrière le logo orange « #RG16 ». Faire une chorégraphie dans une salle virtuelle. Créer son avatar. Débattre autour d’une question. Visiter le futur Roland-Garros par des images de synthèse grâce à un casque de réalité virtuelle. « S’il peut, vous avez de quoi faire ici », lâche enthousiaste Otis, l’animateur officiel du RG Lab. « Vous pouvez aussi voir le recordage de raquette chez nos partenaires Babolat, propose t-il. Durant le tournoi, les professionnels apportent leurs raquettes. Vous avez trois machines pour le show mais derrière, ils sont plus d’une quinzaine à le faire de 7h à 20h. L’histoire raconte qu’hier Rafael Nadal est passé récupérer la sienne ! » Pour croiser un grand joueur, les spectateurs ont intérêt à ouvrir l’oeil.

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Jérôme, 34 ans, sort tout juste de la We are tennis virtual room. Et il se sent un peu ébloui par la lumière  : « Il n’y a pas énormément d’animations mais celle-ci, en immersion, est sympa . Ca valait le coup d’attendre. » Mais son neveu de 15 ans, William, est mécontent. « On a attendu plus de 30 minutes. Moi je suis surtout rentré pour éviter la pluie. » À quelques mètres de là, l’activité phare du RG Lab, un robot, recueille un grand succès. Léo, 19 ans et son papa Bertrand, 48 ans viennent de se faire battre chacun de justesse par l’intrigante machine. « C’est marrant de voir que la technologie peut jouer parfois mieux que nous. On a eu quatre essais et on devait marquer le maximum de points. », explique le jeune homme. Après manger, le duo s’est rué au RG Lab, pour « trainasser » et « se battre » contre le robot.  Bertrand, lui, se réjouit : « La pluie c’est bien pendant Roland. Ca permet de faire des coupures même si ça ne tombe pas toujours au meilleur moment. Ce ne sont pas forcément des moments perdus. » Quelques selfies dans les tribunes avec le court Philippe-Chatrier en fond en souvenir… Déçus, les gens repartent bredouille. Peut-être un dédommagement ? Il n’est même pas 18h30, le stade Roland-Garros s’éteint. Place maintenant à l’entretien de la terre battue ocre. Demain encore, il faudra apporter son parapluie et croiser les doigts.

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