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A Wimbledon comme à Deauville, le défi du gazon face à la pluie

À Wimbledon, la pluie s’est bien souvent invitée depuis le début du tournoi. Plusieurs matches ont dû être interrompus… Le temps influence t-il le travail des jardiniers sur le gazon ? Nous avons posé la question au Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie, le premier club de tennis sur gazon naturel en France.

"Centre court" de Wimbledon ©Nassima Ouaïl

« Centre court » de Wimbledon ©Nassima Ouaïl

Il n’y a pas qu’à Roland-Garros que les bâches étaient de sortie sur les courts. Même sort pour le prestigieux All England Lawn Tennis and Croquet Club de Londres. Les averses ont fortement perturbé le jeu sur gazon. Pour la première fois depuis 2004, des matches se sont déroulés le premier dimanche du tournoi pour rattraper le retard. Traditionnellement, ce jour était réservé à l’entretien des pelouses. Bien sûr, à la différence du Grand Chelem parisien, à Wimbledon, on a dégainé le toit sur le « Centre court », l’unique terrain qui en dispose d’un. Sa programmation a donc pu se dérouler normalement.

Pour se doter d’un gazon impeccable et éviter les blessures, la maintenance reste très importante. La hauteur de l’herbe doit être à 8 millimètres. Durant l’événement, le staff passe même de 16 à 30 personnes. Environ deux jardiniers sont dédiés à chaque terrain pour le chouchouter. Rappelons que le All England Lawn Tennis and Croquet Club compte 19 courts sur gazon.

©Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie

©Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie

24h d’attente sur un gazon traditionnel et mouillé

« À la différence de Wimbledon, quand il pleut, on ne bâche pas notre court central sauf en période de tournoi, explique Vincent Savourat, jardinier au tout nouveau Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie et dans le gazon depuis pratiquement 30 ans, Eux, ils veulent totalement gérer leur apport d’eau. On attend également 24 heures avant de pouvoir jouer. » Le central, de cet unique club de tennis sur gazon naturel en France, a été construit à base d’argile. La composition du sol, conseils techniques et cahier des charges ont été donnés par les jardiniers de Wimbledon. De quoi ravir les joueurs professionnels qui y retrouveraient toutes leurs sensations de jeu. Quatre autres courts de cette même méthode traditionnelle devraient voir le jour prochainement.

Mais à Deauville, on trouve aussi neuf terrains en substrat-fibré, une technique à base de sable, de liège et de fibre synthétique. En cas de pluie, la perméabilité est supérieure à une terre classique, qui retient beaucoup plus d’eau. « S’il y a un peu de soleil ensuite, on peut jouer deux ou trois heures après », précise Vincent Savourat, le « head groundsman », jardinier en chef. Autre avantage ? Jouer plus au tennis mais aussi avoir une terre résistante à l’arrachement du gazon et favorable à sa régénérescence.

Pluie ou pas, même combat mais on s’adapte

Deux à quatre jardiniers s’occupent tous les jours des dix courts du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie dès six heures du matin. Pluie ou pas pluie, le travail reste exactement le même. « Même quand il pleut, parfois on doit tondre mais c’est évidemment moins agréable. Mais il arrive que l’on saute un jour de tonte. Des pellicules se déposent au-dessus du gazon, on préfère donc attendre qu’elles s’en aillent… » Vincent Savourat et ses collègues tondent des pelouses jusqu’à deux fois par jour. Durant le tournoi d’exhibition qui s’est déroulé du 8 au 11 juin dernier, les phases de tonte sont encore plus rapprochées et plus rigoureuses : « C’est un gros travail. L’herbe pousse de 5 à 6 millimètres par jour. On ne doit pas couper plus de 30%. »

©Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie

©Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie

À partir de 2 heures du matin, ils aspergent d’eau le gazon en essayant d’éviter la rosée du matin. Si la pluie est forte, les prévisions sont tout de même bousculées. « On arrose moins, on diminue voire on arrête totalement, souligne le jardinier du Lawn Tennis Club de Deauville-Normandie, Mais quand il y a du soleil, on augmente légèrement les quantités d’eau pour compenser l’évaporation. On arrose environ cinq litres d’eau par mètres carrés tous les jours. »

Un mélange de plantes plus résistantes

Quelque soit la base des courts, le mélange des plantes reste le même : le Ray-grass anglais et le Pâturin des prés. Un mélange résistant où trois ou quatre fertilisants sont posés chaque mois entre mars et septembre. Comme n’importe quel gazon, il est choyé, soigné, nettoyé et traité en cas de maladies. « On essaye d’adapter le type de plante à la météo. On en choisit qui résistent mieux à la chaleur et qui prennent moins d’eau », raconte Vincent Savourat, en relations avec des chercheurs anglais de Wimbledon pour trouver les solutions adéquates.

Gazon du All England Lawn Tennis and Croquet Club de Londres ©Nassima Ouaïl

Gazon du All England Lawn Tennis and Croquet Club de Londres ©Nassima Ouaïl

Tous les jours, Vincent Savourat surveille son gazon, lui « apporte à manger, à boire, le regarde ». S’il voit un petit trou, il remet des graines. Dix à quinze jours plus tard, le trou est bouché,. « C’est peut-être plus casse-tête que du gazon artificiel mais l’odeur naturelle est plus agréable. C’est toujours en croissance. La matière est vivante, pas inerte, on peut lui faire confiance. Si on la fait pousser, la nature nous le rend bien », s’enthousiasme ce passionné de gazon. Contrairement à l’Angleterre, la Belgique ou les Pays-bas, le gazon n’est pas dans la philosophie française. « Pourtant ce n’est pas plus cher que la terre battue ! », glisse Vincent Savourat. Un autre argument imparable ? L’herbe recrute. Entre octobre et avril, le club fermera ses portes au public mais les jardiniers, eux, continueront de choyer avec amour le gazon.

 

 

 

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