728 x 90

A Roland-Garros, journée de rêve pour des familles modestes

Cette année, de jeunes enfants et leurs parents d’origine modeste ont pu assister à Roland-Garros. Cette journée, à l’initiative de la ville de Bagneux, restera gravée dans leur mémoire.

Milos Raonic, au service, face à Pablo Carreño Busta sur le court 1, en forme d’arène. (Photo : Nassima Ouaïl)

Article édité par Assia Hamdi

« C’est mieux qu’à la télé, ça c’est sûr ! », lance Feriel, 10 ans, casquette griffée « Roland-Garros » sur la tête et glace à la main. Souriante et pétillante, la jeune fille vient pour la première fois dans l’enceinte du stade des Internationaux de France. Même chose pour sa famille, les Bourbia, originaires de Bagneux, une ville du Sud des Hauts-de-seine. « En vrai, les balles vont vite ! », renchérit sa grande sœur Sirine, 13 ans, impressionnée par la puissance de frappe des joueurs.

Les parents apprécient le respect qui régnait sur les courts en général. « C’est bien organisé. Il y a de la discipline, il ne faut pas se lever quand ils sont en train de jouer, commente Tayeb, leur père. Les joueurs ont besoin de concentration. C’est amusant et assez folklorique », plaisante t-il. « Il faut attendre avant d’entrer et avant de sortir. C’est mieux car à l’époque, ce n’était pas comme cela. À la télévision, on voyait que le public bougeait et déconcentrait les joueurs. Cela donne un côté rituel. », complète Sabiha, sa femme.

La famille Bourbia scrute le tableau final des résultats du tournoi de Roland-Garros. (Photo : Nassima Ouaïl)

De Bagneux à la Porte d’Auteuil

Comme la famille Bourbia, une trentaine d’habitants de Bagneux ont pu profiter gratuitement d’une journée d’une valeur de 30 euros sur les annexes de Roland-Garros. Leur première fois pour la plupart. Cette initiative, ils la doivent au Centre communal d’action sociale (CCAS) de leur commune.

« Avant on distribuait des bons de vêtements aux enfants scolarisés issus de familles modestes de la ville. On a re-questionné un peu le sens de cette action, explique Omar Moussous, responsable du secteur action solidaire au CCAS de Bagneux. On a donc choisi de proposer un programme de sortie loisirs, culture pour les quotients T1 et T2. On voulait toucher les familles modestes car ce n’est pas leur préoccupation première. Elles sont souvent les plus éloignées du champ de la culture pour des raisons financières. »

Permettre à ces personnes d’accéder à un événement sportif aussi fascinant que le tournoi parisien du Grand Chelem et ne pas le réserver qu’à une élite, voici l’objectif de cette sortie.

Omar Moussous, responsable du secteur action solidaire au CCAS de Bagneux, donne quelques explications aux familles. (Photo : Nassima Ouaïl)

Une bulle d’air dans un quotidien pas facile

Petits et grands avaient rendez-vous le matin près de la mairie de Bagneux pour le départ à la Porte d’Auteuil. Bus, tram, PC1… les deux encadrants du CCAS ont accompagné le groupe composé de parents et de leurs enfants. Une fois sur place, les familles pouvaient se balader librement dans l’enceinte du stade et accéder à tous les courts annexes. Tous armés de leur plan. Mais en fin de journée, Roland-Garros n’aura sûrement presque plus de secret pour eux.

« On travaille sur l’égalité des chances, on souhaite leur donner accès à cet univers. Ils auront peut-être envie de revenir grâce aux tarifs un peu plus abordables comme les annexes ou courts du soir, souligne Anne Fradin, directrice du CCAS. On travaille aussi sur la parentalité. Le sens de notre action est de sortir de la logique distribution d’aide et d’être davantage dans la logique d’accompagnement, » précise t-elle. « C’est une bulle d’air dans leur quotidien qui n’est pas forcément facile…».

Impressionnés par les beaux échanges du court 1

Même si un retour groupé pour Bagneux a été fixé à 18 heures par Anne et Omar près de l’entrée principale du stade, les familles pouvaient évidemment partir plus tôt ou plus tard.

En attendant, Tayeb et sa fille Sirine n’ont pas perdu de temps. Pendant que Sabiha et Feriel étaient posés sur la place des Mousquetaires pour regarder le match de Gaël Monfils et Richard Gasquet, eux ont rejoint le court numéro 1, devenu annexe, pour voir l’affrontement entre le Canadien Milos Raonic, numéro 6 mondial et l’Espagnol Pablo Carreño-Busta, numéro 21.

Tayeb (en vert, deuxième rang) et sa fille Sirine aux premières loges sur le court 1, devenu annexe dès le deuxième dimanche. (Photo : Nassima Ouaïl)

« Juste avant on a vu John Isner contre Karen Khachanov sur le court numéro 2. Et ensuite il y avait Murray mais ce n’était pas le vrai », sourit Sirine à propos de Jamie, le frère d’Andy Murray, qui allait jouer son match en double. Tayeb, installé tout près de la terre battue, a apprécié le court numéro 1, bien plus grand qu’une simple annexe : « J’aime bien le côté rond, on dirait une arène. On a l’impression d’être à Rome et de regarder des gladiateurs ! »

Drapeau tricolore à la main, Sami est venu avec sa grande sœur. Le jeune garçon de 11 ans se trouvait aussi dans « cette arène », en face d’eux dans le virage. « C’est la première fois que je viens à Roland-Garros et je me suis senti dans mon environnement, explique t-il les yeux plein d’étoiles. Il y a plus d’ambiance qu’à la télévision ! J’espère que Rafael Nadal gagnera son dixième Roland », sourit Sami, qui pratique assidûment le tennis depuis un an.

Mais le jeune garçon s’étonne de l’issu du match entre Milos Raonic et Pablo Carreño-Busta : « J’ai été impressionné par les beaux échanges entre les deux joueurs mais j’ai été surpris que le 21e mondial gagne (sic) le 6e mondial. C’est sûr, il va gagner des places au classement ! »

Sami regarde le match Milos Raonic/ Pablo Carreño Busta sur le court 1. (Photo : Nassima Ouaïl)

Jouer sur le Central grâce au tennis connecté

Photo souvenirs, initiation au padel, activités ludiques… Le RG Lab, un espace d’animations connectées et dédiées au tennis, fourmille d’enfants. Sami, le jeune fan de tennis, a rejoint la famille Vega de la Cruz dans ce sous-sol où se situait l’ex-musée de la Fédération française de tennis.

Jonathan, 11 ans et les triplés Charles-Henry, Éléonore, Aurore, 9 ans, s’amusent à jouer les stars en imitant l’entrée des grands joueurs sous un long tube lumineux, en référence à celui qui a été utilisé durant le BNP Paribas Masters.

Sami, Jonathan et les triplés Charles-Henry, Éléonore, Aurore dans l’entrée lumineuse des joueurs (RG Lab). (Photo : Nassima Ouaïl)

« C’est la première fois que mes enfants viennent à Roland-Garros. Ils ne sont pas trop patients mais ont été très attirés par les activités proposées par le RG Lab, commente Valérie, leur maman, assise sur les banquettes devant les nombreux écrans de matches de tennis, On a vu un peu Monfils et Gasquet sur grand écran tout à l’heure et après ça, on va essayer d’aller un peu sur les annexes. » Pendant que Valérie se promène, son fils de 19 ans François-Xavier profite seul des matchs sur le court numéro 2.

"<yoastmark

« J’ai adoré les jeux virtuels ! », lance Aurore qui a affronté son frère Charles-Henry à l’animation « Holotennis » et a remporté la partie. Le principe ? Entrer dans une réalité virtuelle à l’aide d’un casque où vous vous retrouvez propulsés sur le court central Philippe-Chatrier avec les applaudissements du public. Vous devez faire un petit match contre l’hologramme de l’autre joueur. Votre manette se transforme en raquette dans l’autre monde et vous pouvez même communiquer avec votre adversaire. Ludique.

Revenir pour l’ambiance, la classe et l’élégance

« Pour moi Roland-Garros, c’est la classe, l’élégance, les panamas, le début de l’été », décrit Valérie, qui a travaillé dans l’hôtellerie il y a 15 ans mais qui se consacre depuis à ses enfants. Elle a d’ailleurs pu y croiser quelques tennismen comme Pete Sampras. « C’est vraiment très bien cette action proposée par la mairie. Cela permet aux gens de sortir de chez eux et de passer le périph’ », se marre t-elle.

Il est 17h30 passées, la famille Agricole s’apprête à quitter l’enceinte du stade. Déjà un record pour la petite Lya, 21 mois, dans les bras de sa maman Laura, impressionnée par les lieux : « C’est la première fois, c’était une belle expérience. Il fallait le faire au moins une fois dans notre vie. » Sa fille Lara est également ravie et n’aurait jamais pensé venir d’elle-même.

La famille Agricole, dans l’enceinte du stade de Roland-Garros. (Photo : Nassima Ouaïl)

« Faire découvrir Roland-Garros aux gens de Bagneux qui n’y connaissaient rien, c’est une initiative de la ville qui nous fait plaisir, reconnaît la jeune femme de 18 ans, aux côtés de sa petite sœur de 9 ans, Laora-Marie. On ne connaissait rien au tennis et on ne suit pas, même si on a déjà vu deux ou trois grands matches à la télé avec Monfils, Nadal, Federer. On a découvert les règles et on a vite compris. D’abord, on a d’abord vu un double dames sur le court 3. Ensuite des simples juniors garçons sur le court 8 et de filles sur le court 9. Et là on sort du court 2 avec un double messieurs. »

Conquise par cette journée, la famille s’est prêtée au jeu des photos avec les mascottes « Galaxie Tennis » qui sillonnaient les allées du village. « Il y avait de l’ambiance. On a envie d’y revenir ! »

Infiltration sur le court central s’il-vous-plaît

Une bonne partie des matches sur les annexes sont terminés. Il est tard. Le numéro 2 mondial Novak Djokovic, joue contre Albert Ramos-Vinolas, numéro 20 mondial. Sami regarde quelques échanges sur le grand écran de la place des Mousquetaires. Les applaudissements du court Philippe-Chatrier « raisonnent en stéréo ». Le central est juste derrière lui… Il rêve d’y être à cet instant. Mais ce n’est hélas pas possible avec les billets des annexes.

Avec sa grande sœur, il se pointe près d’un escalier et accostent trois jeunes hommes qui quittent les tribunes du Central, un peu avant la fin du match. Sami et sa sœur se débrouillent pour leur récupérer deux places et entrer dans les gradins tout en haut.

Après sa victoire sur Albert Ramos-Vinolas, Novak Djokovic célèbre sa victoire avec les ramasseurs de balles sur le court Philippe-Chatrier. (Photo : Nassima Ouaïl)

Sami assiste aux deux derniers jeux du match. Une chance ! « Whaou c’est immense, on dirait un stade de foot ! ». Le jeune garçon a pu voir la balle de match de Novak Djokovic, tenant du titre. Le Serbe a bouclé la rencontre en trois manches (7-6[5], 6-1, 6-3) avant de célébrer sa victoire avec les ramasseurs de balle en « jetant des cœurs » au public du court Philippe-Chatrier. Sami a été charmé par la journée qui a été proposée et par le court Philippe-Chatrier de Roland-Garros. L’an prochain, il espère bien revenir dans les gradins.

(Re)voir une vidéo diffusée durant Roland-Garros 2016 sur vos meilleurs souvenirs :