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Les Obama, un couple présidentiel au service du tennis ?

En huit ans à la Maison-Blanche, Barack et Michelle Obama ont prouvé à plusieurs reprises leur appétence pour le sport. Pourtant, lorsqu’il s’agit du tennis, c’est Michelle qui l’a exploité politiquement.

Article édité par Assia Hamdi

Barack Obama et Joe Biden sur un court de tennis match à Camp David

Barack Obama et Joe Biden sur le bord d’un court de tennis à Camp David en 2010 (Photo Pete Souza – White House)

« 2018 ? C’est promis ? Vous en parlerez à François ? Parfait, dites bonjour à Michelle et aux enfants. » En 2015John McEnroe gloussait, un téléphone à la main. L’ancien numéro un mondial faisait semblant de demander au président américain d’insister auprès de Francois Hollande pour obtenir un toit sur le court central de Paris. Il est vrai que la quinzaine fut pluvieuse, porte d’Auteuil, et qu’un couvre-chef plairait aux spectateurs du court Philippe Chatrier. A l’image de celui de Flushing Meadows, le chef d’oeuvre du tennis américain, un bijou de 150 millions de dollars. Mais Barack n’était pas réellement au téléphone avec John McEnroe, ce serait peut-être surévaluer son intérêt pour ce sport, il n’était pas là non plus pour l’inauguration du toit, et n’a jamais mis les pieds à l’US Open durant ces huit ans : « Ce n’est pas son mandat », peut-on avancer. « D’autres chats à fouetter », peut-on ajouter, avec raison.

Pour Barack, avantage basketball

A la Maison-Blanche, un court est en place depuis 1902, sous Theodore Roosevelt. Au départ, l’installation était accolée à l’aile ouest de la résidence du président si bien que Roosevelt pouvait y voir ses enfants jouer en décidant de l’avenir du monde. D’après les historiens, Roosevelt était d’ailleurs le plus gros fan de tennis à occuper la Maison-Blanche. Si bien que les amis qui le défiaient étaient appelés « son gouvernement du tennis ». Barack Obama lui, n’était pas aussi friand de balle jaune. On le voyait plutôt au United Center de Chicago. L’occasion pour lui d’applaudir ses favoris, les Bulls et rencontrer pléthore de joueurs, élevant le basket à un degré de reconnaissance inédit. Quelques mois après son installation dans le bureau ovale, Obama décida de transformer le court de tennis de la Maison Blanche en terrain de basketball, avec des paniers rétractables.

En 2009, Barack Obama sur le court de tennis de la Maison-Blanche transformé en terrain de basket (Crédits : Pete Souza - White House)

En 2009, Barack Obama sur le court de tennis de la Maison-Blanche transformé en terrain de basket (Crédits : Pete Souza – White House)

Ben Rothenberg, du New York Times précise que « Barack Obama a rencontré les Williams et d’autres joueuses et joueurs.» Mais le journaliste « ne pense pas qu’il ait aidé le tennis, en soi » pendant ses huit ans de présidence. Certes, il a reçu les plus grands joueurs américains de ces dernières années à la Maison Blanche, de Serena aux frères Bob et Mike Bryan, en passant par Andy Roddick pour sa finale à Wimbledon  (il lui envoie même des SMS à l’occasion). Bien sûr, le désormais 44e président des Etats-Unis sort sa raquette chaque année, et délivre des (jolis) coups droits de gaucher, comme dernièrement face à l’étoile montante Noah Rubin. Mais jamais le tennis, qu’il pratique pourtant, n’a eu à ses yeux l’importance du basket. Sur ce point, il contraste même avec certains de ses prédécesseurs, en premier Georges W.Bush, qui a un centre de tennis à son nom.

« Le basketball était pour Obama un outil de campagne pour sa première course à la Maison Blanche, écrivait Alexander Wolff, de Sports Illustrated.» On le voyait sur le terrain, dans la vigueur de sa jeunesse. » Une fois devenu président, Barack Obama a eu une relation plus simple avec le sport. Cela représentait était une partie importante de sa personne publique, et aussi, selon Wolff, « une façon de promouvoir des buts politiques ». Mais c’est Michelle, et non Barack, qui sut utiliser le tennis pour défendre sa mission.

Michelle Obama, en équipe avec l’USTA

« En ce moment, c’est le court de tennis que nous utilisons le plus, car tout le monde prend des cours ». Voici ce que déclarait en 2010 l’ex-Première dame à un groupe d’étudiants venus visiter la Maison Blanche. Malia et Sasha, ses filles, avaient pris des leçons à Chicago. Et lorsqu’elle étudiait à Princeton, Michelle Obama, troquait quant à elle à l’occasion les bancs pour les courts de la prestigieuse université.

Madame Obama s’intéresse et connaît l’histoire de la balle jaune. Pour preuve, en 2013, elle qualifia de « légende vivante » l’ancienne numéro un mondiale Billie-Jean King. L’ex-FLOTUS suit également les exploits tennistiques de ses compatriotes avec attention, exprimant une admiration non feinte pour l’ancienne numéro un mondiale Serena Williams :

Photo : Compte Twitter @FLOTUS44

Photo : Compte Twitter @FLOTUS44

La popularité immense de l’ex-Première dame lui servit à incarner une cause : la lutte contre l’obésité, via le programme gouvernemental « Let’s Move », qui encourage les jeunes enfants à pratiquer un sport.  Accompagnée de ramasseurs de luxe, les dénommés Steffi Graff et Andre Agassi, Michelle Obama était apparue dans une campagne conjointe avec la fédération américaine de tennis (USTA), qui bénéficiait ainsi de la côte de la First Lady d’alors.

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Des évènements communs avec l’USTA organisés conjointement par la Maison Blanche, il y en eut d’autres. Par exemple, en 2013, lors du Kids’ Day de l’US Open, Michelle encourageait les donateurs « à construire des milliers de courts, à former des milliers d’entraîneurs de tennis ». Deux ans plus tard, lors d’un Easter Egg Roll, pour « Let’s move », elle s’associait à Katrina Adams, élue la même année à la tête de l’USTA. Qualifiée de « Barack Obama » du tennis américain par Al-Jazeera Amérique, et à l’origine d’un projet de mentorat pour les jeunes à Harlem, Katrina Adams est la première personne d’origine afro-américaine à occuper ce poste. Sa mission ? Récupérer le retard de l’USTA pour rejoindre la communauté hispanique des Etats-Unis.

En s’associant sur plusieurs évènements, Michelle Obama et l’USTA ont combiné leurs forces pour élargir le nombre d’enfants actifs physiquement, et potentiellement, en mesure d’avoir une raquette en mains. Il est difficile de juger l’impact de « Lets Move » dans la prise d’une licence dans un club par les jeunes joueurs de tennis aux Etats-Unis. Par ailleurs, le programme ayant été lancé en 2010, les enfants qui choisiront la petite balle jaune n’ont pas encore atteint le haut-niveau. Pour autant, la graine a été semée.

Pour l’instant, en dehors des soeurs Williams ces dernières années, les résultats du tennis outre-Atlantique sont moribonds. Le tennis américain a fait face à un déclin du nombre de licenciés, puis une stabilisation, d’après les dires de Katrina Williams dans le podcast Beyond the Baseline de novembre 2016. Mais la nouvelle vague de joueurs U.S d’une rare densité, les Keys, Sock, Tiafoe ou autres Fritz, peuvent laisser rêver à des jours meilleurs. Interrogé par nos soins, Ben Rothenberg estime que  » la nouvelle génération de joueurs américains est un reflet de notre pays en tant qu’ensemble, avec des immigrés de première génération, noirs, blancs, hispaniques, asiatiques« . Le journaliste du New York Times juge « chouette de voir un groupe qui constitue le reflet d’un pays dans son ensemble ».

Si l’influence de la famille Obama sur le tennis américain peut sembler mineure, Katrina Williams se sentait soutenue par le pouvoir en place jusqu’alors. Elle déclarait à Beyond the Baseline de Sports Illustrated : « Quand on a un dirigeant qui joue notre sport, cela aide, ils nous soutiennent, des amis à eux y jouent également (…) cela apporte de grandes opportunités.» Avant d’ajouter, plus mesurée : « Donald Trump joue également et est un grand fan de ce sport. Nous verrons la suite. »